Notes d'actualité
05 juin 2017

LES JEUNES DANS LES PROCESSUS ELECTORAUX EN AFRIQUE

Par Mohamed ABBOU
 
Le CEPS (Centre d’Etude et de Prospective Stratégique) a organisé le 30 mai 2017 en partenariat avec l’UNESCO, au siège de l’Organisation, un débat sur le thème de la jeunesse dans les processus électoraux en Afrique. En effet, le rapport de la jeunesse à la politique est une question qui agite toutes les démocraties  à travers le monde. En Afrique, l’explosion démographique et le naufrage de la notion de gouvernance lui donnent une tout autre dimension.
 
Les interventions très qualifiées qui se sont succédées ont réservé à ce sujet un traitement objectif et rationnel.  Le rôle de la jeunesse a été abordé dans toutes ses déclinaisons, dans le corps électoral mais aussi dans l’encadrement des opérations électorales  et bien sûr dans l’engagement politique en qualité de candidat. Chaque aspect a appelé l’énumération de mesures à prendre  et d’outils à développer pour amener la jeunesse à s’impliquer politiquement. Et de l’avis partagé, cette implication conditionne l’avenir du Continent et la poursuite de la construction démocratique.
 
Les pistes ouvertes pour lutter contre la désaffection de l’espace politique par les jeunes sont, sans conteste, très pertinentes et généreuses.  Mais leur  bien-fondé  même ne masque-t-il pas la raison première de cette  désaffection ? Les jeunes doivent certainement apprendre à bien exercer leur rôle politique… Quand ce rôle leur est reconnu.
 
Ce qui n’est malheureusement pas souvent le cas.
 
Sous bien des gouvernances en Afrique l’avenir de la jeunesse est anéanti, avant même d’avoir été imaginé. Dans leur volonté de perdurer, en dépit d’un âge avancé ou d’une santé déclinante et parfois des deux, de nombreux dirigeants considèrent instinctivement la jeunesse et son énergie comme des menaces. Les qualités de la jeunesse et ses droits servent plus à embellir les discours et les professions de foi qu’à construire une réalité politique. La situation est d’autant plus paradoxale que la plupart des régimes africains ont consenti beaucoup d’efforts pour que cette jeunesse acquière des compétences dont ils ne veulent surtout pas.
 
La surévaluation de la légitimité historique que pensent tirer les tenants du pouvoir de leur participation à la libération du Continent du colonialisme tourne aujourd’hui à l’obsession. Elle s’est érigée en aune exclusive des capacités et des aptitudes des autres catégories sociales et particulièrement la jeunesse qui doit, en sus, supporter le reproche de l’inexpérience. La jeunesse est, de ce point de vue, condamnée à la minorité politique jusqu’à l’âge administratif de la retraite. Dès lors, la question de la participation politique de la jeunesse ne se situe pas dans la mise en place des institutions mais dans leur existence purement formelle.
 
Dans la majorité écrasante des Etats Africains les institutions politiques ne répondent qu’à l’objectif de sacrifier à l’apparence démocratique. La jeunesse a compris tout cela et refuse, désormais, de prendre part à la parodie de la démocratie. Sa prétendue désaffection n’est pas un désintérêt politique, c’est au contraire l’expression éloquente d’une prise de conscience politique face à l’acharnement des gouvernants de les condamner à l’inutilité.
 
Le « retour » de la jeunesse dans l’espace politique ne peut se réduire à des questions de mobilisation et d’organisation mais à la  levée de l’obstacle rédhibitoire qui les empêche d’être les producteurs de leur propre avenir.
 
Il n’y a pas plus grande injustice que celle d’être rendu inutile.
 
M. ABBOU a été membre du Conseil Consitutionnel de la république d'Algérie.  Il est Vice-Président Délégation aux Droits de l'Homme du CEPS