Notes d'actualité
05 septembre 2017

C'est Emmanuel Macron qui doit organiser une Conférence de la paix et de la stabilité dans le Golfe persique

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a prononcé, le 29 août, à l'occasion de la Semaine des Ambassadeurs, son premier discours en matière de politique étrangère.
Cette prise de parole attendue aura été l'occasion de réaffirmer la place de la France dans le monde et de tracer les lignes fortes d'une diplomatie française, sensée faire entendre le message universel de la France, qui doit, comme le rappelait le Président "tenir son rang dans un monde profondément bousculé". La France, doit, en effet, évoluer dans un cadre international refondé qui voit de nouveaux formats multilatéraux bousculer l'ordre international, né de la Chute du mur de Berlin, en 1989.
 
Dans ce contexte, Emmanuel Macron a appelé de ses vœux la France à exercer son rôle de contrepoids, notamment dans le cadre des crises qui ont secoué le Golfe persique, depuis plusieurs semaines.
La France devrait, en effet, prendre davantage d'initiative dans cette crise.
 
Depuis le 5 juin, l'Arabie Saoudite, l'Egypte, le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar et imposé un blocus total à ce pays accusé de soutenir le terrorisme et d'entretenir des foyers de tension chez ses voisins.
 
Pour lever ces sanctions, le Qatar devait répondre à une liste de 13 exigences ramenées depuis peu à 6 principes vagues. Au nom du respect de sa souveraineté, l'émirat refuse de céder à cet embargo que plusieurs pays européens comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont demandé de lever. Plus largement, beaucoup d'acteurs internationaux ont dit regretter cette situation qui ne fait qu'exacerber les tensions sur fond d'ultimatums et de surenchères.
 
D'ores et déjà, la pression exercée par la communauté internationale et la médiation du Koweït expliquent l'assouplissement des conditions posées au préalable, désormais limitées à la lutte contre le terrorisme. En signant un accord de lutte contre le financement du terrorisme avec les Etats-Unis et en renforçant son arsenal législatif en la matière, le Qatar semble avoir pris la mesure de la situation et fait un pas vers ses adversaires pour désamorcer la tension.
 
Néanmoins, ces efforts semblent ne pas avoir satisfait les pays du blocus qui campent dans une intransigeance préjudiciable. Cette attitude n'augure rien de bon pour l'avenir de cette région déjà déstabilisée par la guerre au Yémen et la persistance de cellules djihadistes en activité.
 
Il est impératif de protéger la paix et la sécurité dans le Golfe dont l'importance géostratégique est centrale pour la stabilité du monde. Outre le fait que cette région est une des principales zones d'approvisionnement en pétrole et en gaz, son embrasement profiterait au terrorisme islamiste et s'étendrait à tout le Proche Orient, et jusqu'à nos portes. Il y a urgence à agir.
A cet égard, la France doit s'impliquer davantage dans la résolution de la crise et cela au plus haut niveau.
 
Emmanuel Macron, nouvellement investi par le peuple français pour porter l'étendard des valeurs de notre pays, doit à l'instar de ce qu'il a fait sur d'autres dossiers internationaux prendre une grande initiative en réunissant en France, les protagonistes de la crise.
 
La France est donc la mieux placée pour agir. Son histoire, sa réputation sur la scène mondiale et sa tradition de résolution des conflits plaident pour impulser une dynamique de paix.
La diplomatie française semble revenue à une réelle neutralité après les lunes de miel successives qataries puis saoudiennes sous les deux derniers quinquennats. Cela, ajouté à la bonne image du président de la République française auprès de l'opinion mondiale, constitue des atouts solides qui plaident en faveur d'une offensive diplomatique de Paris.
C'est pourquoi nous demandons au président Emmanuel Macron de proposer au plus vite une grande Conférence sur la Paix dans le Golfe, en invitant à Paris les acteurs principaux de la crise, le médiateur Koweïtien et les représentants des pays membres permanents du conseil de sécurité.
 
Cette conférence internationale pourrait ainsi s'inscrire dans le cadre de l'annonce faite devant les 170 ambassadeurs française réunis à l'Elysée, le 29 août, de lancer un cycle de conférences annuelles à vocation juridique et diplomatique. Cette initiative viendrait ainsi parfaitement "anticiper" et "préparer" la conférence de mobilisation contre le financement du terrorisme, prévue début 2018. Cette dernière contribuera, sans doute, au nécessaire recentrage de la France au Moyen-Orient, eu égard à la rivalité entre l'Arabie Saoudite sunnite et l'Iran chiite.
 
Cela aura également l'insigne mérite, en tout état de cause, de permettre à la France de ne pas tomber dans le piège de l'enfermement et de l'aveuglement du choix d'un camp comme de l'autre.
Notre pays s'honorerait d'une telle initiative permettant le retour de la stabilité dans une région qui en a cruellement besoin. Nul doute également que cette initiative française prendrait tout son sens à l'aune des prochains déplacements présidentiels au Levant, annoncée au printemps 2018.
 
Signataires :
Ibrahim Sorel KEITA, Président de BDMTV (Banlieue Diversité Média – TV)
Emmanuel DUPUY, Président de l'nstitut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)
Anne GIUDICELLI, Présidente de IIC-Terr(o)RISC
Loïc Tribot La SPIERE, Délégué général du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS)
Thierry Paul VALETTE, Porte-parole du Club Géopolitique
 
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