Entretien avec M. Patrice FONLLADOSA, Président Afrique et Moyen-Orient - VEOLIA

Relever le défi de la démographie et de l’urbanisation en Afrique

Entretien avec M. Patrice FONLLADOSA,  Président Afrique et Moyen-Orient de VEOLIA & Vice Président du Club CONFLUENCE du CEPS

Extrait de l'article qui sera publié dans le prochain numéro de la revue PROSPECTIVE STRATEGIQUE consacré à l’AFRIQUE (début 2017)

 

De par la présence de Veolia en Afrique, quel serait le scénario typique de croissance urbaine dans ce continent ?

En 2050 la population africaine aura doublé et deux Africains sur trois vivront en ville. En 2030, les villes de Lagos et Kinshasa seront des mégalopoles de plus de 20 millions d’habitants

L’Afrique n’en est qu’au début de sa transformation urbaine mais les défis démographiques des villes de ce continent sont déjà majeurs sur les plans social, économique mais également climatique. En effet, du fait de sa cadence et de son ampleur, la gestion de l’urbanisation du continent africain est un défi particulièrement complexe.

Certaines villes africaines accueillent en moyenne entre 40 000 à 50 000 personnes par jour et cette situation contribue à accentuer la pression sur les ressources naturelles et l’environnement urbain.

Quels sont ou seront les principaux obstacles pour ce développement?

Les politiques foncières des pays en développement dessinent depuis plus de vingt ans un bilan préoccupant. La part du marché foncier non régulé ou informel aggrave les inégalités face à l'accès aux services essentiels (accès à l'eau, à l'assainissement et à l'électricité) et à l’emploi. Par exemple, les deux principaux obstacles à l'accès à l'eau des plus défavorisés sont l'interdiction de raccorder les zones informelles et le prix du raccordement.  La conséquence directe est que les plus pauvres paient souvent l'eau jusqu'à 50 fois plus cher que les riches qui sont raccordés au réseau.

Quelle serait votre préconisation en la matière ?

Dans un contexte de concentration intense des populations, des besoins en infrastructures vont être donc considérables et leur définition nécessite  une véritable stratégie. S’agit-il de services en réseaux ou bien d’infrastructures individuelles de partage ou de copartage ? Comment fournit-on, d’autre part, ce type de services dans des villes menacées par des événements météorologiques extrêmes et qui n’ont pas, la plupart du temps, les moyens de prendre en main leur propre urbanisation ?

Il faut donc avoir en tête la nécessité d’une gestion multi-niveaux en menant un travail de coordination avec les associations de quartiers et tous les acteurs locaux. Le domaine de l’eau, de l’énergie et des services essentiels ne peut en aucun cas se résumer à un club d’experts. Les entreprises doivent, sans naïveté, renouveler leur manière de travailler à la construction des services essentiels et notamment avec des « grappes de petits opérateurs » en concevant des produits et des services simples, abordables et « aspirationnels » pour les populations. C’est-à-dire construire de nouvelles offres à partir des besoins des populations, en s’appuyant sur les innovations existantes, issues du savoir-faire local.

Si l’urbanisation en Afrique pose donc un certain nombre de questions et de challenges elle est aussi source de croissance partagée. Pour fournir davantage de services tout en prélevant moins de ressources disponibles dans un contexte à la fois de plus grande incertitude climatique et d’accroissement des vulnérabilités, il faut penser la ville autrement et s’interroger sur la manière de rendre la ville de demain plus sûre, plus intelligente, et plus bienveillante à  l’égard des populations. Parce qu’aujourd’hui tout est à faire, la ville africaine du XXIe siècle devra être en pointe sur son futur en bâtissant des villes résilientes adaptées au contexte local.

Comme le disait  Rabelais  « science sans conscience n’est que ruine de l âme », et hélas force est de constater que le train est déjà parti au niveau mondial et que nos décideurs locaux et nationaux sont totalement absents sur le sujet qui nous concerne au plus profond de nos choix éthiques et sociétaux sur la liberté de gérer réellement notre capital santé. Est-ce déjà une capitulation et dans ce cas il est temps que le citoyen participe au débat et affirme ses choix.