Le clair-obscur financier

Qui aurait pu imaginer, ne serait-ce qu'il y a 5 ans que les grandes consciences de la finance internationale pourraient susciter un jour autant d'interrogations ? Leur rentabilité insolente, leur capacité à pressentir les évènements boursiers, à donner la leçon aux artisans du quotidien économique voire aux Etats, ayant fini par leur conférer une forme de légitimité. D'ailleurs, il était devenu commun de dire que ce qui était bon pour eux l'était forcément aussi pour leurs clients même si ces derniers pouvaient en douter ! Avec le temps, ces professionnels de la « certitude » avaient fini par devenir par auto-persuasion des succédanés d'Ordre, de vrais bonnes consciences.

Univers ô combien étrange où la satisfaction des clients était et reste affiché comme un principe en affaire et en même temps où le business est de convaincre, d'accompagner ce surprenant obstiné voire cet aveugle qu'avec le temps est devenu le client aux opportunités proposées voire crées spécialement pour lui. Cependant, dans cet univers subtil et sophistiqué, le client si glorifié en apparence était et reste bien souvent perçu avec une « infinie mansuétude » comme s'il n'était pas nécessaire qu'il comprenne mais plutôt qu'il fasse ce qu'on lui recommande. Le secteur financier a pris une place de plus en plus importante dans nos économies et a vu de ce fait son exposition en soi croître significativement. L'exemple anglais est à et égard tout à fait spectaculaire : ses actifs bancaires ont bondi en 40 ans de 50% à plus de 550 % de son PIB ! Les accusations portées par la SEC (Securities and Exchange Commission) contre Goldman Sachs ; les suppléments d'information diligentés tant en France, en Allemagne, aux Pays-Bas qu'en Grande Bretagne et les répercussions qu'ils pourraient avoir sur d'autres acteurs qu'ils soient issus du conseil, de la finance viennent, à point nommé, pointer du doigt entre autres :
? un certain nombre d'activités financières spéculatives assez complexes et qui se sont révélées, bien souvent à terme pour un certain nombre de clients, destructrices de valeurs ;
? plus grave encore une gestion décomplexée, une pratique subtile des conflits d'intérêt ;
Même dans le secteur de la haute finance les lois de la raison devraient finir par s'imposer, il ne devrait y avoir en effet de domaine d'activité où l'on puisse continuer à s'enrichir au détriment de son client. La complexité des montages ne saurait voilée la réalité des faits !

Loïc Tribot la Spière


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Commentaires

Un proverbe africain dit "c'est devant le mur que l'on voit le mur". Je rajouterai que plus nous nous en rapprochons, plus il devient difficile de le franchir. L'exemple du soutien à la Grèce est particulièrement révélateur de la destruction de valeur annoncée...si l’Europe s’endette à son tour …pour pousser le Mur en augmentant la capacité d’endettement de chaque Etat, alors….
Nous sommes dans un dilemme, l'argent est un produit comme un autre mais la gamme des sous-produits reste masquée pour le client. L’impact sur la vie dans la Cité de ces sous-produits innovants, n’est pas totalement maîtrisé; c'est d'ailleurs ce qui en fait la valeur aléatoire. Peut être faudrait-il légiférer mais dans l’intérêt de qui ?
Pour autant, malgré les profondes mutations que nous devrons vivres, je crois dans la capacité des financiers eux même à réguler le système...il en va de leurs propres intérêts.
NB : François Morin éclairait pourtant assez bien le Mur dans son essai, "Le nouveau Mur de l'Argent" (Seuil 2006).
Richard Cuartero
  • Jeudi 20 Mai 2010

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