Dubaï, la fin prévisible d'un mythe.


Alors qu'il y a un an et demi encore, nous pronostiquions déjà l'éclatement de la bulle financière dubaïaise, nos propos ne recueillaient que de faibles échos, pour ne pas dire des regards amusés. Il est vrai que même les spécialistes ont bien souvent tendance à confondre la réalité des faits et les mythes. Et pourtant, tous les ingrédients d'un mauvais scénario étaient discernables pour qui savait observer avec lucidité ! Il n'avait en effet échappé à aucun spectateur raisonnable du phénomène Dubaï que ce micro Etat ne disposait à la différence de ses voisins, d'aucune ressource énergétique et que son modèle économique ne reposait que sur les activités de son port, sa dynamique spéculative immobilière, son activisme en matière de loisirs d'affaires et bien sûr, sur l'indéfectible soutien de l'émirat d'Abbou Dhabi.
La crise financière, que nous traversons, n'a fait qu'accélérer ce qui était prévisible. La course à la démesure immobilière, à la construction d'infrastructures hôtelières toujours plus luxueuses plus vastes ne pouvait, en effet, durer. Le système tel qui s'était bâti n'avait de sens que dans la mesure où il donnait le change, comme, en quelque sorte, une partie de poker ! Pour gagner, il faut avoir, soit des cartes maîtresses, soit un rare talent pour bluffer. Quoiqu'il en soit, les joueurs de cette partie semblent avoir oublié que pour mettre un terme à une partie il faut toujours « se coucher » !
Le résultat est à la hauteur de la dérision de la partie : la dette de l'émirat de Dubaï est aujourd'hui estimée entre 80 et 90 milliards de dollars. Un montant tel qu'il apparait impossible au seul émirat de Dubaï en l'état actuel de pouvoir honorer ses engagements sans le soutien, entre autres, d'Abbou Dhabi.
Cette véritable débâcle annoncée sera très lourde de conséquences et dans les mois qui viendront on finira par mesurer toute l'ampleur de cet effondrement spéculatif et des risques de tensions qui pourraient émerger.
A terme, Dubaï pourrait perdre une grande partie de sa souveraineté économique. La compagnie Emirates pourrait, si ce n'est disparaitre, du moins être « filialisée » ou absorbée par la compagnie Ethiade (mais pouvait-il y avoir raisonnablement de la place pour deux compagnies ayant autant d'ambition dans une telle proximité géographique ?). Ce rapprochement ne sera pas sans d'énormes répercussions pour les constructeurs aéronautiques quand on connait, notamment, le nombre de commandes que représentent ces compagnies.
Et il n'est pas sûr qu'à terme tous les engagements pris, soient tenus. Il est en tout cas certain que les investisseurs spéculatifs, qu'ils soient d'origine russe, libanaise, anglaise, saoudienne, iranienne...sauront faire entendre leur voix, ce qui ne sera pas sans conséquence.

Loïc Tribot la Spière


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