Vers une « économie de la connaissance » compétitive et dynamique ?

CHAPEAU

La compétitivité de la France et de l'Europe dépend du concentré d'innovation et d'intelligence qu'elles doivent mettre en ?uvre pour concevoir les nouveaux produits, les nouvelles applications, les nouveaux services qui feront la croissance de demain. Si le tournant a été entrepris, notamment en France, notre économie doit encore retrouver sa spontanéité à innover et son goût du risque.

TEXTE

Souvenons-nous de l'an 2000. Au cours de cette année symbolique, l'Europe s'était fixé à Lisbonne un objectif ambitieux : devenir d'ici 2010 la championne du monde de l'économie de la connaissance. La France, tout comme ses partenaires de l'Union, n'a pas démérité, mais ses efforts ne lui ont pas permis d'atteindre son but.

Nous ne devons pas pour autant jeter l'éponge, car le défi reste toujours de mise. La mondialisation crée dans les pays émergents un formidable mouvement de rattrapage. La Chine, l'Inde, le Brésil et bien d'autres pays sont aujourd'hui en mesure de fabriquer et souvent de concevoir ce que les nations les plus industrialisées étaient les seules à produire il y a vingt ans. Après l'acier, le textile, les appareils électroménagers, les matériels de télécommunication, nous savons que l'automobile sera la proie d'une forte concurrence en provenance de l'Inde ou de la Chine. Et la mondialisation des services n'en est pour sa part qu'à ses débuts.

Cette montée des pays émergents nous oblige à réaliser un effort constant d'innovation, à trouver les produits et les applications que les autres pays ne seront pas en mesure de fournir. Autrement dit, la France et l'Europe se doivent de se forger une nouvelle spécialisation internationale qui leur permettra de tirer leur épingle du jeu, de continuer à créer des richesses et donc des emplois. Notre compétitivité dépend par conséquent de cette valeur ajoutée qui fait la différence avec les produits fabriqués dans les pays émergents ; une valeur ajoutée dont le niveau doit être sans cesse plus élevé si nous voulons faire la différence et demeurer une grande puissance économique. Cette valeur ajoutée, nous le savons aujourd'hui, c'est le concentré d'innovation et d'intelligence mis en ?uvre pour la conception des nouveaux produits, des nouvelles applications, des nouveaux services qui feront la croissance de demain. C'est aussi l'exigence d'une conciliation, celle de l'innovation et celle de la préservation des équilibres de la planète, ce que ne prévoyaient pas les objectifs de Lisbonne lorsqu'ils ont été définis en mars 2000.

Nous avons sans doute trop tardé à mettre en place les réformes nécessaires pour assurer les conditions d'une véritable économie de la connaissance compétitive et dynamique. Car rien n'est possible en la matière sans un enseignement supérieur de haut niveau, une recherche en phase avec les formidables défis du XXIe siècle, qu'il s'agisse des nanotechnologies, des biotechnologies, des énergies renouvelables ou des technologies de l'information et de la communication (TIC). Pendant longtemps notre système d'enseignement supérieur et de recherche a pâti d'un manque évident d'ambitions et de moyens. Beaucoup de nos meilleurs chercheurs ont répondu aux offres des meilleurs laboratoires et centres universitaires mondiaux.

Heureusement, la France a pris un tournant dans l'effort de rattrapage qui s'impose à elle pour atteindre le peloton de tête de l'économie de la connaissance. L'autonomie des universités va permettre d'insuffler un plus grand dynamisme dans le fonctionnement des équipes pédagogiques et des projets de recherche. Douze pôles universitaires d'excellence de niveau international sont par ailleurs en train d'être constitués grâce à des dotations exceptionnelles. Avec ces pôles, notre pays se dote d'une véritable capacité à rivaliser avec les meilleures universités mondiales, en attirant tout à la fois des financements élevés, des enseignants de haut niveau et des étudiants parmi les plus prometteurs.

La recherche française a également engagé cette même inversion de tendance. Notre pays souffrait d'une structure trop centralisée, d'une recherche publique d'excellence mais insuffisamment connectée aux différents secteurs économiques et peu adaptée aux données actuelles de la concurrence mondiale. De profondes évolutions se font jour : la montée en puissance de l'Agence nationale de la recherche, la réforme du statut de l'enseignant-chercheur, l'arrivée à maturité des pôles de compétitivité qui associent laboratoires, universités et industries autour de projets à fort potentiel d'innovation sont autant d'éléments qui participent d'un renouveau de la recherche française. C'est un enjeu capital pour l'essor de l'économie de la connaissance.

D'autres évolutions essentielles sont en cours. Je mentionnerais bien évidemment la remarquable croissance d'Internet : aujourd'hui 65 % des foyers français disposent d'un accès - en haut débit dans 95 % des cas ¬- alors que cette proportion atteignait tout juste un tiers de la population il y a quatre ans. Cet apport du numérique constitue à lui seul un nouveau secteur économique en plein essor et aux multiples déclinaisons. Malgré la crise et contrairement aux autres branches de notre économie, le commerce électronique continue ainsi d'enregistrer une croissance soutenue : au cours du 1er trimestre 2009, on dénombrait 38 % de transactions supplémentaires par rapport au 1er trimestre 2008. Et le montant global des achats sur le net poursuit lui aussi son ascension avec une progression de plus de 30 % depuis un an.

L'essor des technologies de l'information et de la communication irrigue en même temps l'ensemble du tissu économique en lui donnant plus de dynamisme et une meilleure capacité à se mettre au diapason des bouleversements nés de la mondialisation : partout les TIC prennent place, tout devient plus facile, plus rapide en termes de logistique, de commandes, de paiement, de démarches administratives et bien sûr de communication. N'oublions pas que la diffusion des TIC crée les meilleures conditions du progrès technologique. Les innovations les plus importantes, qui aboutissent à la conception de produits totalement nouveaux ont plus de chance d'apparaître dans une agglomération urbaine dotée de nombreux équipements facilitant l'échange d'informations et la coopération entre les acteurs économiques.

L'essor d'Internet représente également un formidable outil de diffusion de la connaissance. Il permet à nos concitoyens d'accéder plus facilement, à distance, à une formation supérieure et à nos universités et grandes écoles de mutualiser leurs ressources numériques. L'intérêt pédagogique en est considérable, puisque la recherche gagne en diffusion, et la réussite des étudiants en est favorisée. L'intérêt en est également grand pour les universités, qui peuvent à distance fédérer des compétences et mener à bien des projets ambitieux.

La France doit évidemment amplifier ses efforts car nous ne devons pas croire que notre retard va se combler en quelques années. Au-delà des moyens financiers, des projets et des améliorations apportés à notre enseignement supérieur et notre recherche, reste sans doute un dernier défi : retrouver le goût de l'innovation, l'envie d'épater le monde entier par nos inventions et nos prouesses technologiques. Il y a un siècle, la France était l'une des pionnières dans des avancées aussi révolutionnaires que l'aviation, l'automobile ou le cinéma. Il nous faut retrouver cette spontanéité à innover et ce goût du risque. La clé du succès, dans cette économie de la connaissance que nous appelons de nos v?ux, est notamment là.

 

Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET
Secrétaire d'État à la prospective et au développement de l'économie numérique
Premier Ministre France


CEPS OING CEPS OING

Commentaires

Aucun commentaire.

Ajouter un commentaire


Code de vérification.