Qu'est-ce qui peut, dans le contexte actuel fluctuant, motiver des acteurs pour entreprendre, prendre des risques, créer et innover ? Quels sont les obstacles à surmonter ? Quels sont aussi les enseignements qu'ils donneraient à de plus jeunes entrepreneurs ?
IDÉES CLÉS
Turbulences non sans avantages
PriceMinister a été créé en 2000 et le site lancé en janvier 2001, dans une période de très fortes turbulences : la « nouvelle économie » s'était emballée depuis 1998 et la « bulle Internet » venait tout juste d'éclater en mars 2000.
L'avantage de la situation est que, après l'arrêt des faramineuses levées de fonds, les rangs des prétendants à la création d'entreprises s'étaient sérieusement éclaircis : confrontée à une quasi-absence de concurrence, la jeune entreprise PriceMinister a pu dès lors envisager sereinement son développement dans des conditions très saines.
Cette chance est-elle aujourd'hui transposable aux créateurs d'entreprises ? Vraisemblablement. L'absence de concurrents sur la ligne de départ donne l'opportunité aux créateurs de focaliser toute leur énergie sur leur projet, en disposant aussi du temps nécessaire. Elle permet par ailleurs d'avoir peut-être une oreille plus attentive de la part des divers partenaires : banques, chambres de commerce, collectivités, etc.
Pierre Kosciusko-Morizet vient, avec cinq autres entrepreneurs, de créer en novembre 2008, un fonds français d'investissement dédié aux start-up : ISAI - International Society of Angel Investors. Le fonds a pour vocation d'investir en phase d'amorçage de projets avec, pour chaque opération, entre 500 000 euros - qui est souvent la limite supérieure des business angels, et 1,5 million d'euros - en général la limite inférieure des fonds de capital risque. Au-delà de la prise de participation, le fonds a instauré un système de coaching des jeunes entrepreneurs.
Pour Pierre Kosciusko-Morizet l'envie d'entreprendre n'a rien à faire du contexte économique. Elle demande juste une chose : d'être assouvie. Pour beaucoup de jeunes aussi, l'équation se résume en deux termes : « soit je bosse moins, soit je bosse plus mais pour moi, pour me faire plaisir ». Un raisonnement en définitive plutôt sain et optimiste.
« Créer un entreprise n'a rien de rationnel.
Cela n'a non plus aucun sens.
Si ce n'est de n'avoir plus d'amis, ni de vacances. »
LE CAS DE PRICE MINISTER
Créé en 2000, PriceMinister est une plateforme Internet d'intermédiation présente dans quatre secteurs d'activités :
1. l'achat-vente de biens avec priceminister.com, activité initiale du groupe, mise en ligne en janvier 2001 ;
2. la publication d'annonces immobilières avec avendrealouer.fr ;
3. la publication d'annonces automobiles avec priceministerauto.com ;
4. le voyage avec voyagermoinscher.com et planetanoo.com.
L'activité d'intermédiation consiste à mettre en relation des acheteurs, le plus souvent particuliers, avec des vendeurs particuliers ou professionnels et à percevoir une rémunération de l'acheteur et/ou du vendeur pour cette prestation. Le modèle économique assure une base de coûts majoritairement fixes, un besoin en fonds de roulement structurellement négatif et n'entraîne aucun stock ni besoin de logistique. Ses revenus proviennent principalement de commissions sur vente, d'abonnements pour diffusion d'annonces, d'abonnements à des solutions logicielles et de revenus publicitaires diversifiés (notamment liens sponsorisés, bannières, comparateurs de prix).
Offrant aux internautes un accès à près de 130 millions d'annonces sur ses différents sites Internet (achat-vente, immobilier et automobile confondus), PriceMinister constitue l'une des premières plateformes d'intermédiation en Europe. Positionne comme le 2ème site de e-commerce en France, il devrait prendre la première place dès 2010. Au quatrième trimestre 2008, le trafic cumulé des sites du groupe était d'environ 150 millions de visites pour 600 millions de pages vues. PriceMinister est aussi classé 1er groupe d'annonces en Europe en termes d'audience par ComScore avec 10,7 millions de visiteurs uniques mensuels.
Après priceminister.co.es créé en 1996, le groupe a lancé priceminister.co.uk en janvier 2009.
Le groupe a renoncé à s'introduire en bourse en avril 2008.
PriceMinister, c'est aujourd'hui :
? 200 salariés en France, ayant tous une participation au capital ;
? + 30 % de CA attendus en 2009... Crise oblige, PriceMinister permet aux consommateurs de faire des économies et même des affaires.
Moins d'expérience, plus d'envie
Les secteurs et activités sont tous aujourd'hui en bouleversement : les nouvelles technologies investissent tous les domaines et bouleversent les pratiques, les usages des consommateurs se transforment, les frontières de la concurrence se déplacent... Dans ce contexte, l'expérience compte moins, l'intuition et la créativité au contraire comptent plus. C'est là un avantage considérable pour la jeune génération d'entrepreneurs.
Alors aussi que la société est aujourd'hui particulièrement protégée, le risque pour un jeune diplômé de créer son entreprise n'est pas franchement très élevé. En revanche, plus il attendra, plus l'entreprise deviendra plus risquée et plus difficile. Si vivre avec 2 000 euros par mois n'est pas un sacrifice à vingt-cinq ans, cela devient (très rapidement) plus tard une vraie gageure.
LAGARDÈRE SPORTS
Créée fin 2006, la branche Lagardère Sports, spécialisée dans l'économie du sport, intervient sur trois principaux métiers :
1. Les médias : la production TV, la gestion des droits audiovisuels sportifs et les nouveaux médias ;
2. Le marketing : le sponsoring, l'hospitalité et le stadium consulting ;
3. L'événementiel : la propriété et le management d'événements sportifs.
L'entreprise peut aujourd'hui revendiquer une position très forte sur le marché des droits sportifs, et tout particulièrement sur son produit phare : le football. Par ailleurs, son « empreinte géographique » a été considérablement développée avec l'acquisition de World Sport Group et sa forte implantation en Asie, notamment dans le football, le cricket et le golf.
Les entités du groupe :
? Sportfive, entreprise solidement implantée sur le marché européen des droits médias et marketing, particulièrement dans le football ;
? IEC in Sports, société spécialisée dans la gestion de droits sportifs qui intervient pour l'essentiel dans les domaines des sports olympiques et particulièrement dans le tennis, l'athlétisme, le volley-ball et la gymnastique ;
? Upsolut, agence de marketing allemande, organisatrice d'événements de masse dans le domaine sportif, notamment le triathlon et le cyclisme ;
? PrEvent, société organisatrice de l'Open ATP et de l'Open WTA de Suède ;
? World Sport Group, agence sportive d'événements majeurs en Asie : Coupe d'Asie de Football, l'Indian Premier League de Cricket et l'Asian Tour de Golf.
L'entreprise est aujourd'hui co-n°1 mondial.
Lagardère Sports, c'est aujourd'hui :
? 1 000 personnes, dont 120 Français,
? 18 nationalités réparties sur 35 pays.
Depuis sa création fin 2006, Lagardère Sports a opéré huit acquisitions : à chaque fois des équipes d'entrepreneurs, qui n'étaient pas à vendre et que le groupe a dû convaincre. Le challenge est donc de garder intactes l'envie et la créativité de ces hommes.
Le sport a jusqu'à présent été relativement épargné par la crise. Les disciplines premiums, que sont le football, le tennis ou le golf, sont les seuls programmes à garantir aux diffuseurs un taux d'audience. Ceci étant la concurrence est vive, et la course vers les marchés émergeants, disputée. Les pressions sont fortes. Dans ce contexte, il est important de donner du sens, parler d'avenir. La crise doit aussi être l'occasion de se concentrer sur deux fondamentaux :
1. les hommes et le management :
de la concertation, des promotions internes, une forte mobilité, des participations au capital.
2. les perspectives industrielles à moyen-long terme :
il s'agit de rompre avec la dictature du court terme et de revenir à l'économie réelle.
« Dans nos métiers d'entrepreneurs,
les banques ne nous servent à rien. »
ÉLÉMENTS POUR UNE RÉFLEXION PROSPECTIVE
Dédramatiser la création d'entreprise - Créer son entreprise en France reste complexe et risqué... une sorte de quitte ou double, un saut dans le vide. Le nouveau statut d'auto-entrepreneur a toutes les chances de révolutionner cette approche en dédramatisant la création d'entreprise : le statut permet en effet à des porteurs de projets de tester leurs capacités d'entrepreneurs, leur production ou leur marché, sans se brûler les ailes en cas d'échec. Certains peuvent même combiner une activité salariée à temps partiel avec cette nouvelle activité indépendante : PriceMinister compte certains collaborateurs dans cette situation, qui, loin de s'écarter de l'entreprise, renouvellent ainsi leur entrain.
Il s'agit d'une flexibilité choisie, qui plus est facilitée, et non imposée.
Un changement de paradigme - Les jeunes diplômés d'école de commerce créant une entreprise sont aujourd'hui plus de dix fois plus nombreux qu'il y a une génération. Pourquoi de changement ? La crise suffit-elle à l'expliquer ? En réalité il y a eu un changement de paradigme : une génération auparavant, les jeunes gens recherchaient la rente, aujourd'hui ils recherchent la réussite. Pour cela, ils sont aussi prêts à assumer davantage de risques - sachant qu'ils ont de toute façon en se lançant dans l'aventure moins à perdre que les précédentes générations.
Cette analyse vaut particulièrement pour les jeunes issus de milieux modestes, notamment ceux issus de l'immigration.
La revalorisation d'activités de base - Le vrai problème des sociétés occidentales reste cependant l'abandon des activités manufacturières : celles-ci n'occupent plus que 15 à 20 % de la population active. L'enjeu est donc double : 1. Permettre aux jeunes générations d'entreprendre ; 2. Favoriser les activités qui vont mettre en pratique, exploiter les avancées technologiques opérées par les laboratoires.
Pour cela faut-il encore disposer des moyens d'investissements requis : si investir dans une société de services est à la portée d'un cadre, il n'en va pas de même pour l'investissement industriel. Or, paradoxalement, les banques elles-mêmes ont déserté depuis déjà plusieurs décennies l'activité d'escompte.
Il s'agit dès lors de réinventer ou réaménager l'acte d'apprendre accompagné.
« Les entrepreneurs ont aujourd'hui une valeur d'exemple.
Créer une entreprise, c'est écrire une histoire humaine. »
CONCLUSION
Loin d'être un obstacle à l'initiative individuelle, la crise est un fabuleux aiguillon pour la création d'entreprises. Reste aux pouvoirs publics d'aménager, de faciliter le passage à l'acte. Dix ans après l'éclatement de la bulle Internet, il ne faut rien regretter. De cette période, les jeunes ont gardé l'idée que créer sa propre entreprise, c'est possible, même très jeune.
Martine LE BEC
Rédactrice en chef adjointe de la revue Prospective Stratégique
Rapporteur du Club des Décideurs

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