La finance ...un monde à part


L'univers de la finance est un monde à part qui a ses règles et dont les modes d'activités sont extrêmement complexes. C'est un univers qui se suffit à lui-même, ou plutôt qui a besoin pour élaborer ses montages complexes et développer des investissements subtils, du travail (des produits, des services...) fournis par l'immense majorité des acteurs du monde économique réel.

La crise récente a permis au grand public de mieux découvrir cet univers, à défaut de mieux le comprendre :

? Un monde où l'on peut risquer sans perdre. L'activité de trader ignorant les lois de l'apesanteur économique. Elle offre, en effet, la possibilité de pouvoir être gratifié par les bonus et d'ignorer la logique des sanctions en cas d'échec.
? Un monde où le montant des primes dépasse substantiellement ce qu'on peut voir dans le monde économique réel.
? Un monde qui pour attirer et conserver les meilleurs, n'hésite pas, dans certain cas, à proposer des « bonus garantis ».
? Un monde qui a toujours été jaloux de son indépendance et fier d'accompagner la croissance en proclamant en être le moteur.
? Un monde qui a été profondément bousculé par l'ampleur de la crise et qui tout en pouvant comprendre les réactions du monde extérieur, a refusé de jouer en la circonstance le rôle de bouc émissaire.
? Un monde qui a trouvé que, dans le fond, les Etats avaient un rôle à jouer : celui d'assureur, en intervenant sous forme de prêt ou en recapitalisant certains d'entre eux.
? Un monde qui, néanmoins, comprend difficilement qu'on puisse remettre en cause la singularité de son mode d'intéressement et de fonctionnement.
? Un monde dont certains des plus prestigieux acteurs ont, en l'espace de quelques mois, décidé de rembourser les prêts que leur avait consentis leur Etat, et affichent même parfois des résultats aujourd'hui supérieurs à l'avant-crise.
? Un monde qui, tout en comprenant, s'étonne que l'on puisse encore parler de crise et de ses conséquences ; et du besoin d'élaborer une régulation internationale sur ce sujet, alors que tous les indicateurs d'appréciation donnent des signes encourageants. Comme si la crise dans le fond n'avait jamais existé !

En revanche, la crise récente n'a pas permis aux bailleurs de fonds, en l'occurrence, aux contribuables, de comprendre avec simplicité, quelle est l'origine précise de ce grand marasme. Quels en sont les auteurs et surtout quelles réponses et quels remèdes l'on a décidé d'élaborer et de mettre en place afin d'éviter qu'une telle situation ne se renouvelle.
La crise a et aura un coût que supporteront tous les contribuables. On peut à cet égard s'interroger : les contribuables auraient -ils vocation à combler le passif des acteurs financiers ?
La crise récente a pour l'instant le mérite de rappeler que les bénéfices se prennent et ne se partagent pas ; mais qu'en revanche les dettes ont vocation à être mutualisées ! Le monde économique serait-il au service de la finance ?

Marina Boyer
Responsable du Développement et de la Communication externe, CEPS 
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