L'aide publique au développement : Quelles nouvelles chances pour l'Afrique ?

L'aide publique au développement : Quelles nouvelles chances pour l'Afrique ? Comment faire émerger une politique de coopération pragmatique, cohérente, respectueuse et mutuellement profitable ?

1. L'Afrique: un continent en métamorphose
2. Cette métamorphose est source de risques mais également d'opportunités
3. Les nouveaux défis pour l'aide au développement occidentale
4. Nos recommandations.


1. L'Afrique: un continent en métamorphose

L'Afrique sub-saharienne connaît une importante transition démographique avec une population qui passera de 750 millions aujourd'hui a 1,7 milliard en 2050*. A cette date, l'Afrique retrouvera son poids démographique mondial (20%) de 1500, antérieur à la traite négrière et aux colonisations.

Les conséquences de cette transition accélérée sont une population extrêmement jeune (65% ont moins de 25 ans contre 30% en Europe) mais également une forte urbanisation avec une population urbaine triplant d'ici 2025.

L'Afrique présente un nouveau visage, ce n'est plus la « France-Afrique » : de nouvelles générations sont au pouvoir et expriment des demandes différentes. La demande de partenariats et de transfert de compétences en matière de gestion des services publics, de systèmes monétaires, et de formation professionnelle par exemple est plus forte qu'auparavant.

Face à ces nouveaux besoins, la France n'occupe plus la même place. D'une part la France coopère aussi bien avec l'Afrique francophone qu'avec l'Afrique anglophone. D'autre part, elle doit désormais compter avec de nouveaux acteurs de l'aide au développement comme la Chine, l'Inde ou les pays du Golfe. Enfin l'Afrique est un continent bien plus ouvert sur le monde, davantage intégré aux échanges mondialisés.


2. Cette métamorphose est source de risques mais également d'opportunités.

? Parmi les risques, citons de manière non-exhaustive :

Les risques de conflits dus aux déplacements de populations: l'urbanisation rapide entraîne une perte de repères liée au bouleversement des structures de la société. Le chômage auquel font face les jeunes populations urbaines est la cause de violents conflits. Les migrations intra-régionales pourraient créer des zones de tension du fait de surpopulations relatives et d'un accès plus difficile aux ressources, plus rares.

Les pressions sur l'environnement : la déforestation massive entraîne des risques environnementaux comme la perte de la biodiversité ou la destruction du patrimoine naturel, sources potentielles de richesse. Or l'érosion du capital naturel (matières premières etc...) n'est pour l'instant pas compensée par les gains en capital humain ou économique.

? Parmi les opportunités, citons de manière non exhaustives :

Une croissance économique dynamique : l'Afrique sub-saharienne connaît une croissance annuelle moyenne de 5% depuis 2000 (PIB annuel moyen selon l'OCDE et la BAD) (6,7% en 2007) qui compense largement l'accroissement démographique puisque la croissance nette par habitant est de l'ordre de 3% par an.

Une structure économique plus solide que par le passé : la demande interne devient un moteur de croissance ; une amélioration des finances publiques et de la libéralisation économique est à noter. Cette croissance, et l'augmentation du cours et du volume des matières premières exportées par l'Afrique, ont accru son importance géopolitique et son intégration dans les flux d'échanges mondiaux.

Mais contrairement aux idées reçues, il convient de souligner et de rappeler que la manne pétrolière, n'est cependant pas synonyme de bonne gestion de la dette, des services publics, ni du développement en général.

3. Les nouveaux défis pour l'aide au développement occidentale et française.

Les structures d'aide au développement ont évolué avec l'arrivée de nouveaux acteurs : la Chine, l'Inde ou les pays du Golfe. (La Chine fournit 10% de l'aide au développement de l'Afrique, soit 2 Milliards de dollars par an. Par ailleurs, elle est également le 1er fournisseur et le 3ème partenaire commercial du continent). Ces nouveaux entrants sur le marché africain représentent des facteurs de création de richesse et d'ouverture sur le monde.

Mais ces nouveaux entrants sont aussi l'occasion pour les Etats africains de « comparer » l'aide qui leur est proposée par leurs partenaires « occidentaux historiques », voire de remettre en questions ses principes et ses pratiques.

Face à cette évolution, l'aide occidentale doit relever des défis structurels urgents, pour optimiser son action :

- L'impact des restrictions budgétaires doit être anticipé et maitrisé : la variation des budgets de l'Etat ne sauraient constituer une variable à court terme de la stratégie d'aide au développement en Afrique, qui nécessite, par définition, des engagements à long terme. En effet, une corrélation existe entre les volumes budgétaires et l'orientation de l'aide. En fonction des budgets, on aide des secteurs plus ou moins économique ou sociaux, dans des pays plus ou moins où l'investissement est plus ou moins sûr.

- L'aide occidentale gagnerait à mieux épouser la vision politique de certains chefs d'Etats africains, et découler d'une vision politique des chefs d'Etat occidentaux. Il est de la responsabilité de chacun d'engager sur ce sujet un dialogue débarrassé des interprétations, ranc?urs ou complexes colonialistes. Un dialogue franc, humble et ouvert. L'aide au développement est un acte politique, et non un acte de charité. Et « ce n'est pas parce que l'on décide de faire le bien que l'on fait bien les choses ». Or, bien faire de l'aide au développement, c'est construire un projet politique, par définition commun, concerté, et partagé.

- L'évaluation de l'efficacité de l'aide est enfin un chantier nécessaire pour professionnaliser l'aide et la rendre encore plus efficiente. L'enjeu est réussir à mesurer les résultats en évitant l'écueil des lourdeurs technocratiques. Pour résoudre cette problématique, la réflexion et les expériences doivent être approfondies. Encore une fois, cette évaluation ne saurait se faire à l'aune seule des objectifs de la puissance qui aide, sans prendre en compte l'évaluation de l'Etat qui reçoit l'aide. L'efficacité doit être mutuellement reconnue et appréciée pour que l'aide puisse être jugée bénéfique.

4. Nos recommandations

? Privilégier le secteur privé qui doit constituer la cible de l'aide au développement pour soutenir le déploiement d'un tissu économique de PME, tout comme l'accompagnement de la croissance par les infrastructures.

? Encourager (même et surtout en période de crise) les banques à favoriser les prêts aux PME locales, ainsi que les prises de participations. Renforcer le tissu de PME et l'envie d'entreprendre ne peut que contribuer à une plus juste répartition de la création de richesse. Il s'agit de favoriser l'entreprenariat et l'apparition d'une classe moyenne au sein de la population locale, et de ne pas donner le monopole de l'entreprenariat aux seuls immigrés des pays émergents présents en Afrique.

? Encourager les partenariats entre collectivités locales Nord-Sud.

? Soutenir le secteur agricole pour faire face aux crises alimentaires et promouvoir l'indépendance alimentaire.

? Améliorer la gestion de la dette . Accompagner les pays africains qui le souhaitent à anticiper les effets sur la dette de l'actuelle ouverture aux liquidités des pays émergents. En parallèle, il ne faut pas sous-estimer le risque de fragilité des économies émergentes qui s'engouffrent sur le continent africain, qui peut être contagieux pour l'Afrique.

? Favoriser une meilleure orientation de l'épargne des migrants, vers des projets économiquement viables et créateur de valeur à long terme, et moins vers des dépenses domestiques, qui, quoique nécessaires au bien-être, sont quasi-stériles d'un point de vue du développement économique. C'est un chantier essentiel pour aider individuellement les parcours des familles et des communautés vers davantage d'autosuffisance.

? Eviter la tentation, dans la période de crise que traverse entre autres l'Europe et la France, d' « oublier » les pays pauvres sous prétexte que nous connaissons des difficultés. (Cependant malgré les déclarations affichées, des ajustements pourraient avoir lieu dans un contexte économique particulièrement tendu, inciter les autorités publiques à étaler, reporter voire diminuer le montant des engagements prévus. C'est un risque non négligeable qu'il convient de prendre en compte et qu'il serait inconséquent de ne pas envisager).

? Professionnaliser et affiner les politiques d'aide publique au développement afin d'enrayer les réflexes de repli sur soi que seraient tentés de privilégier les Etas du fait de la crise.


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