Idées-clef :
1/ Une crise de la régulation
2/ Une crise de la rentabilité excessive
3/ Conséquences des différences du financement de l'entreprise aux US et en Europe
4/ La crise soulève un problème de morale
5/ La crise marque le retour de l'Etat
6/ Pour ou contre une scission entre la banque d'investissement et la banque de détail ?
7/ Combien va coûter la crise ?
1/ Une crise de la régulation
Avant la crise, la liquidité était surabondante et bon marché, l'économie se finançait par le levier de la dette, les banques étaient « désintermédiées ». La régulation était fragmentée et répartie entre de trop nombreux acteurs, avec des carences considérables aux Etats-Unis. Les régulateurs ignoraient les risques associés à certains produits potentiellement toxiques en circulation.
Les excès de liquidité ont conduit à un excès de levier de dette, beaucoup plus aux États-Unis qu'en zone euro. Les crédits « subprime » ont été créés par des acteurs non régulés. Le premier décrochage s'est vu aux Etats-Unis fin 2006, quand le taux de défaut sur les prêts immobiliers, traditionnellement à 3% (les américains protégeant leur maison et préférant couper sur d'autres dépenses) a bondi à 10% en quelques mois.
La vraie question sera l'impact de la crise sur l'économie réelle. La profession de banquier est une profession très réglementée. Le problème est venu de tout ce qui était aux limites de la réglementation. Certains des acteurs ont « profité » des lacunes de la régulation.
Comment réguler ? Les objectifs d'une régulation efficaces sont :
- la stabilité financière (nombre des solutions ont été identifiées par le forum de stabilité financière)
- un développement économique soutenable
- un terrain de jeux équitable entre banques des différents pays
- l'application rapide, homogène et cohérente au niveau international des décisions du sommet du G20.
Combler les carences dans le dispositif nécessite la surveillance de tous les acteurs « systémiques ».
Ne pas aggraver la crise, c'est mettre en place des normes de capital moins pro-cycliques, ne poussant pas à des hausses de demandes de capital pendant la crise: si la norme comptable dit « cela vaut 0 » et la norme prudentielle dit « rajoutez du capital », on a les conditions d'une accélération des problèmes et d'une difficulté de freinage.
Éviter la fragmentation et les distorsions de concurrence, c'est proposer une application homogène des normes (capital, comptabilité, ...) et un dispositif européen intégré de supervision (rapport de Larosière).
2/ Une crise de la rentabilité excessive
Cette crise marque la crise de l'argent roi, de l'argent fou. Un retraité ne devrait pas trouver qu'une rémunération de 8% de ses avoirs soit la norme. Il est anormal que les rendements élevés sur capitaux propres (entre 15 et 20%) que nous avons eus ces dernières années n'aient pas alerté les boards. Les membres du board ne comprenaient pas d'ailleurs toutes les opérations.
Une entreprise ne devrait pas dépasser un certain niveau de compte propre (prop trading). Le compte propre ne doit pas être le c?ur du business. Il y a 20 ans, le prop trading représentait entre 5 et 7 % des gains. Aujourd'hui, pour certaines banques de marché, cela représente jusqu'à 50%.
Il faudrait adapter les normes de capital (Bale 2) pour qu'elles prennent mieux en compte ces éléments et soient moins pro-cycliques. Bale II a d'ailleurs été « inventé » aux Etats-Unis, qui ne l'ont pas implémenté car le Congrès a refusé de le ratifier. Si Bale 2 était implanté aux Etats-Unis, les petites banques auraient disparu par manque de fonds propres (il y a 8 000 banques au total aux Etats-Unis). Les membres du congrès ont voulu protéger le tissu local. Le problème aujourd'hui n'est plus de savoir si les banques font leur métier, mais plutôt de savoir si la confiance dans les banques est rétablie.
3/ Conséquences des différences du financement de l'entreprise aux US et en Europe
Le Level Playing Field : la régulation doit être pensée en tenant compte de la mondialisation, l'environnement réglementaire doit être le même dans toutes les places financières. La planète ne peut pas souffrir un système comportant trop d'écarts entre l'Europe et les Etats-Unis. Le système de rémunération des traders devrait être le même partout.
Si les disparités durent trop longtemps, l'industrie se déplacera ailleurs. Cependant, il n'est pas sûr que l'on soit parti pour une régulation pensée au niveau mondial. Si les règles ne sont pas harmonisées, des optimisations seront faites suivant les disparités des places financières et de nouveaux désastres financiers auront lieu. Trop de disparités entre les
places financières entraîneront les mêmes excès que par le passé au niveau de la liquidité, de la rémunération ou encore du capital.
Les Etats-Unis ont connu une longue période de rachat d'actions. Le financement des entreprises se fait en grande partie par la dette. Quand le marché de la dette n'est plus là, le marché du crédit bancaire ne peut pas compenser. En Europe, le rachat d'actions n'a pas été exubérant. Le crédit bancaire est prépondérant. Lorsque le marché de la dette est interrompu, les entreprises peuvent encore fonctionner. L'impact sur l'économie de la crise des marchés financiers est donc moins important. Cela explique pour partie la moindre propagation de la crise en Europe.
L'octroi des prêts ne se fait pas sur les mêmes fondements aux Etats-Unis et en Europe : gage versus revenus durables. Le monde anglo-saxon est fondé sur le prêt sur gage. Le créancier prête au débiteur en prenant en compte avant tout la valeur du bien qu'il va acquérir. Lorsque le créancier ne peut pas rembourser, le débiteur saisit le gage. Ce système est très douloureux en période de ralentissement car la valeur du bien gagé diminue et ne suffit plus à rembourser le prêt.
En Europe, l'octroi de prêts est fondé sur des revenus durables. Pour les entreprises, il est calculé sur leurs cash-flows et pour les particuliers sur leurs revenus. Le gage ne vient qu'en garantie du prêt.
Le succès résidera dans l'homogénéité des mesures prises. Il faut pour cela compter avec le concours des Etats-Unis. Il est possible de se montrer optimiste, si l?on prend pour exemple le revirement des Etats-Unis à l'égard des accords internationaux sur l'environnement. Les travaux du G20 montrent que les Etats veulent réguler davantage et de façon homogène. Cependant, cette convergence prendra du temps.
4/ La crise soulève un problème de morale
Il faut toujours se demander si on travaille dans un continuum ou si on est en train de détruire l'avenir. On a collectivement pensé que ce qui importait, c'était de gagner de l'argent. On a trouvé normal que des traders puissent recevoir des bonus qui représentent le gain de 3 générations. La véritable question que soulève cette crise est de savoir si, dans le futur, les leçons vont être tirées.
Une même politique de rémunération est nécessaire. Les banques qui ont reçu de l'argent TARP s'empressent de rembourser le prêt de l'Etat pour pouvoir rémunérer leurs salariés aux salaires de marché. Le risque est que les banquiers des banques TARP soient débauchés par les banques qui n'ont pas reçu d aide de l'Etat. C'est ce qu'expliquait le PDG de Deutsche Bank. On en revient au concept de Level Playing Fiel, selon lequel la régulation doit tenir compte de la mondialisation. Les règles doivent être les mêmes pour tous pour ne pas fausser le jeu de la concurrence.
5/ La crise marque le retour de l'Etat
La crise marque le retour des Etats et l'augmentation du coût de l'argent.
Le retour du politique est nécessaire. L'Etat doit davantage réguler. Mais l'excès de régulation est à craindre. Il ne faut pas trop, mais mieux réguler et il faut utiliser des règles simples.
6/ Pour ou contre une scission entre la banque d'investissement et la banque de détail ?
Les experts sont mitigés concernant la nécessité ou non de séparer les banques d'investissement et les banques commerciales, et sur un retour aux Etats-Unis au Glass Steagal Act. En effet, les uns pensent cette séparation indispensable pour permettre notamment d'apporter la garantie de l'Etat aux banques commerciales et aux épargnants, et éviter les conflits d'intérêts. Les autres, en revanche, préfèrent encadrer les proportions de chaque activité, arguant de réelles synergies, comme par exemple dans le cas du crédit immobilier à taux fixe, qui nécessite un savoir faire pointu sur les techniques de fixed income. Il est certain qu'entre la banque commerciale et la banque d'investissement, il y a des synergies.
7/ Combien va coûter la crise ?
Dans toutes les banques, il est possible de déterminer les zones de risque. Une évaluation exacte dépend du scénario que l'on retient pour le futur. Il faudra donc 2 à 3 ans pour pouvoir arrêter un montant exact du coût effectif de la crise.
Le « coût » est une question à laquelle il n'est donc pas possible de répondre à ce stade. Les Etats ont décidé d'injecter des sommes considérables pour arrêter la propagation de la crise financière. Le coût le plus important sera sans doute l'impact lié aux déficits budgétaires associés à ces interventions. Ils pèseront clairement dans les politiques futures, en restreignant les moyens, et donc en limitant la croissance.

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