C'est une grande tentation qu'ont bien souvent les spécialistes, les engagés, les passionnés, de s'étonner voire de déplorer que leur sphère d'engagement ne suscite pas autant d'attrait et d'enthousiasme qu'ils le souhaiteraient. Les convictions si nobles soient elles, ne sauraient voiler la réalité des faits, encore plus lorsqu'on est dans un exercice de consensus. L'adhésion démocratique et la dynamique européenne restent à incarner. Les récentes élections européennes n'ont fait que confirmer cet état de fait. Il serait à cet égard illusoire de vouloir essayer d'écrire ou plutôt d'envisager une Europe, si ce n'est uniforme du moins solidaire, sur un sujet aussi intégrateur et délicat qu'est celui de la Défense. L'Europe peine à essayer d'amorcer des réponses cohérentes face à la crise économique et financière. Pourquoi en serait-il différemment pour les grandes questions ayant trait à la Défense ? L'Europe est un souhait partagé mais dans le respect des marges de manoeuvre des Etats surtout lorsqu'il s'agit de domaines à caractères souverains. L'Europe de la défense reste un sujet en devenir. Certes, on a pu relever certaines avancées mais elles restent globalement cantonnées au domaine de la compréhension des enjeux et de l'engagement de quelques Etats à approfondir certains sujets ensemble. Depuis 1976, on n'a cessé dans un esprit volontariste de créer, de faire évoluer des organismes pouvant permettre de faire émerger une Europe de la Défense qui devait avoir vocation à être une véritable dynamique. Le constat est éloquent. L'Europe de la Défense n'a pas substantiellement avancée. De belles initiatives ont été prises par des personnalités de talents engagées que se soient au sein du Groupement Européen Indépendant de Programme (GEIP) puis du Groupe Armement de l'Europe Occidentale (GAEO) puis de l'Organisation Conjointe de Coopération en matière d'Armement (l'OCCAR) et enfin de l'Agence Européenne de Défense (AEDS). Elles ont essayé de prendre une place dans la dynamique européenne qui ne les attendait pas. Reconnaissons, néanmoins, le grand mérite de l'AEDS d'avoir essayé, dans un souci d'harmonisation opérationnel et budgétaire, de proposer aux Etats européens des initiatives « fédératrices ». Certains s'étonnent des faibles résultats de l'AEDS, mais en l'occurrence, cet organisme n'a fait que répondre à son objectif affiché et de surcroit en fonction des moyensalloués. L'AEDS ne saurait à elle seule incarner une volonté européenne de Défense et encore moins avoir vocation à devenir une agence d'acquisition en l'absence d'une volonté politique clairement affichée. La question lancinante de ses moyens budgétaires doit être évaluée en fonction de ses missions. L'AEDS reste un organisme d'analyse, d'évaluation et de proposition. L'AEDS ne s'essouffle pas, elle accomplit tout simplement la mission qui lui est dévolue avec efficacité. La question budgétaire n'est certainement pas une priorité surtout au regard des objectifs fixés et des résultats obtenus.
Loïc Tribot La Spière
Délégué Général, CEPS

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