De quelle manière combiner la lutte contre le réchauffement climatique aux autres priorités de l'Union Européenne?

1. La dynamique nouvelle des négociations de Copenhague

Les négociations de Copenhague auront pour objectif principal de limiter le réchauffement climatique (il est trop tard pour le stabiliser), en réduisant impérativement les gaz à effet de serre de moitié d'ici 2050.
Les enjeux des négociations de Copenhague ne seront pas de même nature que ceux de Kyoto. Il s'agit de maintenir l'équilibre entre les trois piliers de la négociation que sont l'engagement des pays développés par rapport à l'échéance de 2050, le financement et le soutien technologique des pays développés au bénéfice des pays émergents, en contrepartie de ce que ces derniers pourront et voudront faire. Les négociations de Kyoto ont été menées sous le leadership européen, tandis que celles de Copenhague seront dirigées sous l'impulsion américaine. Les Américains laisseront peu de marge de négociation, dans la mesure où ils ne veulent discuter que de ce qu'ils savent pouvoir obtenir et dont ils ont déjà annoncé des chiffres. La relation bilatérale Etats-Unis/Chine constitue un autre élément nouveau et non négligeable des négociations de Copenhague, dans la mesure où elle représente la variable du futur accord.
L'Europe, quant à elle, devra d'abord définir une politique européenne cohérente, avant de s'engager dans une discussion avec l'Inde ou la Chine.
Si la plupart des pays concernés approuve la nécessité d'un accord à Copenhague, les négociations internationales seront d'une complexité faramineuse et les modalités de cet accord dépendront en grande partie de la position des Etats-Unis. En effet, le leadership américain est nécessaire mais plus suffisant. Les pays émergents doivent maintenant être acteurs de la négociation. Car la coordination globale est l'élément de modernité essentiel proposé aujourd'hui dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.

2. Le développement durable : une priorité intégrée même en période de crise
On s'attend logiquement à ce que la lutte contre le chômage passe en priorité numéro 1 en période de crise. Or, force est de constater que la thématique du changement climatique n'a pas disparu des discours politiques américains, bien au contraire. Les responsables chinois, eux aussi, semblent se montrer soucieux de ce problème.
On constate une évolution dans la vision même de la lutte contre le réchauffement climatique. Ce facteur est désormais systématiquement intégré dans la réflexion sur la relance économique. De nombreux pays, comme la Chine, semblent prêts à créer de nouveaux instruments fiscaux, à recycler ces investissements et réfléchissent à un redéploiement fiscal. Plus globalement, les ressources que les Etats sont prêts à accorder à cette problématique sont sans précédent, ce qui démontre en tous points une réelle volonté politique.


3. Transferts technologiques et financier

Le transfert technologique et le transfert financier représentent une marge de négociation supplémentaire. Dans cet esprit s'est instaurée une discussion bilatérale intense entre la Chine et les Etats-Unis, pour évaluer ce qu'ils peuvent s'offrir et se demander l'un à l'autre, en matière de recherche et de lutte contre le réchauffement climatique. L'issue de ces négociations devrait voir le jour dans le courant du mois de juin 2009.
Le développement de plusieurs nouvelles technologies, telles que l'énergie thermique, engendre une compétition entre les entreprises du monde entier, qui se trouveront au premier rang de ce qui va se discuter et se conclure à Copenhague. Il existe toutefois un fossé entre une probable facilitation des transferts technologiques par le biais d'accords bilatéraux et la mise en place peu vraisemblable d'une véritable organisation mondialement centralisée de ces transferts.


4. Le positionnement attendu de la Chine

La Chine affiche une volonté politique récente (2006) mais très déterminée en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dans son 11ème plan quinquennal (2006-2011), elle s'est fixée comme objectif de réduire sa consommation d'énergie par unité de PNB de 20% d'ici 2010, à raison d'une réduction annuelle de 4%.
Elle compte, en parallèle, augmenter dans une même proportion l'efficacité énergétique. L'objectif reste en pratique difficile à atteindre, mais depuis les Jeux Olympiques de Pékin, le gouvernement chinois fait de la réduction de la consommation énergétique et de l'augmentation de l'efficacité énergétique un véritable cheval de bataille.
D'autant plus qu'il s'agit, pour la Chine, autant d'un enjeu environnemental que d'un enjeu de stabilité : d'une part, la fonte des glaciers de l'Himalaya risque d'entraîner l'inondation du littoral chinois, qui abrite une grande partie de l'économie chinoise ; d'autre part, la demande de la classe moyenne en énergie est en constante augmentation et les réserves de la Chine sont très limitées. S'ajoute à ces problématiques le malaise économique qui a récemment entraîné un mal-être social et les émeutes conséquentes.


Ces intérêts économiques et sociaux ont imposé au gouvernement chinois un revirement politique et une implication sérieuse dans la lutte contre le réchauffement climatique.
En ce qui concerne le cas précis des centrales à charbon, la Chine, tout comme l'Inde, n'a pas le choix : elle se doit d'exploiter les importantes ressources de charbon présentes sur son territoire. Il existe cependant des plans sérieux d'amélioration des centrales à charbon.
En tout état de cause, le Chine a besoin d'une aide extranationale pour relever le défi de la réduction des gaz à effet de serre émis sur son territoire, notamment par le biais de programmes bilatéraux d'aide au développement ou de programmes de recherche.


5. Aucun « plan B » n'est envisageable
Il n'existe pas d'alternative à la conclusion des accords de Copenhague. En effet, une majorité de scientifiques s'accordent à considérer que, si les objectifs fixés pour 2050 ne sont pas atteints, la planète rentrerait dans une zone à haut risque (portant le réchauffement climatique au-delà de 2°C), où les modèles climatiques ne sont pas programmés pour savoir ce qu'il se passerait. La seule certitude est l'inadaptation de la plupart des espèces à un changement climatique aussi rapide, ainsi que le manque d'eau dans plusieurs régions du monde, tandis que d'autres régions seraient submergées par les océans.


6. Applicabilité concrète

Il faut dans un premier temps développer le marché pour créer les conditions économiques qui permettront de diviser les coûts liés aux nouvelles technologies et de réaliser des économies d'échelle. L'application des objectifs est prioritaire dans les grands secteurs industriels (transport, énergie...). Les solutions seront recherchées secteur par secteur.
Il n'existe en revanche pas de centralité des décisions pour les PME, dans la mesure où cela n'aurait pas plus de sens que de demander aux pays les plus pauvres de se lancer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour autant, il serait dommage de ne pas profiter de l'inventivité et de la réactivité des PME et TPE.
Devant ce challenge se pose la question des sanctions en cas de non respect des objectifs fixés par les différents accords internationaux en matière d'environnement et de développement durable.
Là où il existait des sanctions financières dans le protocole de Kyoto, on trouve aujourd'hui des pressions économiques, la promesse de développements technologiques et la croyance que le green business fera l'économie de demain. Mais aucun pays n'acceptera de sanction internationale.
Les négociateurs de Copenhague devront miser sur la « carotte », plutôt que sur le « bâton ». Cette absence de sanction ne remet toutefois pas en cause la nécessité d'un accord international qui lie les signataires sur des chiffres et des deadlines. La réduction des émissions pourra ensuite être vérifiée par des instruments de mesure déjà existant. La création d'un grand marché, permettant de générer les conditions économiques optimales pour réaliser les objectifs fixés, est conditionnée par la conclusion de cet accord.

7. La lutte contre le réchauffement climatique constitue un axe de relance économique
Force est de reconnaitre que cette lutte, ce challenge, constitue une opportunité économique évidente. Les secteurs les plus touchés par la crise disparaitront, à moins de faire évoluer les business model qui les composent et de déployer de nouvelles opportunités. A titre d'illustration, les secteurs automobile et aérien imposent d'être revisités pour ne pas péricliter. La conjoncture actuelle équivaut, en quelque sorte, aux grandes restructurations industrielles des années 60. Il ne faut pas passer à côté.


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