De quelle manière répondre aux attentes et besoins des décideurs ?
Les trois étapes constitutives de l'Intelligence économique (IE) « à la française » :
1) Les années 1990 : les Pionniers
2) Les années 2000 : les Conquérants
3) Depuis 2006 : le désenchantement
1) Les années 1990 : les Pionniers
Tout débute avec le Rapport Martre : l'IE est née avec des responsables de la police, de la sécurité, des services de renseignement, donnant par la même une image sulfureuse à l'IE, liée à ces parcours professionnels pour le mois typés.
2) Les années 2000 : les Conquérants
L'IE s'est développée avec des portes-paroles et l'Etat a pris à son tour la parole à ce propos. Le rôle politique est en effet capital en matière d'IE. Ensuite, avec le rapport Carayon (2003) est créé le poste de Haut Responsable à l'IE (HRIE), confié à Alain Juillet. Cela marque la volonté de l'Etat d'intervenir dans l'IE. Dans le droit fil des travaux et réflexions de plusieurs préfets (Daniel Canépa, Claude Guéant, Rémy Pautrat...). Dans le secteur privé, quelques patrons (Anne Lauvergeon, Jean-François Dehecq...) se sont impliqués pour sortir l'IE du champ de la seule sécurité.
3) Depuis 2006 : le désenchantement
? L'Etat a perdu la parole. Les ministres sont alors moins présents sur les questions relevant de l'IE. La prise en compte par les politiques se réduit.
Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur avec Claude Guéant défendent l'IE, et notamment l'IE territorial. Mais depuis son élection à la Présidence de la République, ils délaissent le sujet. Certes, l'affaire Clearstream est passée par là. Jean-Louis Gergorin était chez EADS le premier recruteur et il y détenait le premier budget IE du CAC 40. Avec ses budgets, il contribuait même à une certaine structuration du secteur de l'IE français. L'épisode Clearstream a aussi rendu méfiant le personnel politique à l'égard de l'IE.
Enfin les mises en cause de policier (Commissaire Moigne, Affaire + livre de M. Baptendier...) ont fini de donner une image désastreuse de l'IE.
? Le premier réflexe des services de l'Etat fut donc d'élaborer une réglementation pour essayer de contrôler les sociétés d'IE. Or, une telle législation est inutile, voire dangereuse. Le cadre pénal actuel étant déjà suffisant pour sanctionner les dérives. Il existe en outre un risque réel que les sociétés d'IE s'expatrient pour facturer en toute discrétion leurs prestations « sensibles ». Avec une profession qui s'habituera alors à travailler cachée. En outre, les clients pourraient être réticents à confier des éléments stratégiques à des prestataires qui risquent de faire l'objet de perquisitions.
L'IE est une dynamique, une conquête économique.
Bercy ne remplit assurément pas son rôle dans l'aide qu'il pourrait apporter aux entreprises françaises exportatrices. Idem dans les grands contrats internationaux. C'est là que l'Etat est attendu, plus certainement que dans la rédaction d'un texte réglementaire supplémentaire. Il s'agit de bâtir une IE davantage tournée vers la conquête de marchés étrangers, que sur des questions de sécurité intérieure.
L'IE se traduit désormais par l'acquisition puis la valorisation de l'information stratégique, pour ensuite formuler des conseils et des recommandations. Quand un client contacte un conseil c'est qu'un problème se pose à lui : une nouvelle réglementation à venir, un projet de rapprochement... Le conseil a alors le devoir de ne pas coller stricto sensu à la demande du client. Le rôle de l'intervenant extérieur qu'est le consultant est de tenir un discours de vérité, alors même qu'on ne lui dit pas tout. A fortiori dans les grands groupes où les informations qui parviennent dans les états-majors sont souvent altérées, en raison du passage par les échelons inférieurs qui contribuent à remodeler l'information. Face à une concurrence qui se tend, les entreprises sont plus que jamais à la recherche d'informations précises et pointues. Une entreprise qui choisit de recruter des anciens policiers plus que des énarques a forcément une idée derrière la tête. De même, par le type de cabinet qu'elle emploie, l'entreprise se dévoile : « dis moi qui tu paies, je te dirai qui tu es ».
Si les grands groupes sont persuadés que l'IE est un investissement utile et nécessaire, il en va autrement des PME, mêmes les plus grosses, pour lesquelles se pose en outre la question des modalités d'intégration des informations fournies par leur conseil. Le conseil ne doit pas se considérer plus intelligent que son client.
L'IE est une posture, c'est une démarche intellectuelle. L'IE est la conjonction du lobbying, de la communication, de l'investigation... Il convient de rassembler des informations éparses et de les appliquer à un cas concret. Mais il est indispensable de savoir ce que l'on cherche, afin de ne pas verser dans la revue de presse à la sauce Google.
En France, l'IE est confiée au SGDN, sSoit sur un mode défensif, alors qu'il devrait naturellement relever de Bercy.
L'IE n'est qu'un des aspects, une des composantes, de la stratégie.
Dans chaque région du monde, l'approche en matière d'IE est différente. Gare à ne pas dupliquer aveuglément une quelconque vision française en la matière.
L'IE doit apporter de bonnes informations, il ne lui revient pas de conseiller le décideur. Sinon, il y a là un véritable risque de perdre son objectivité.

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