Crise financière : comment repenser le rôle de l'Etat à long terme?

La crise a créé une nouvelle donne, crée-t-elle un nouveau rôle pour les Etats ?
Comment repenser ce rôle à long terme, au-delà des interventions à court terme ?

1. Les constats : dérégulation des acteurs financiers mondiaux et manque de compétitivité de l'économie française.
2. Nos propositions : Réguler et revenir aux fondamentaux.

Remarques introductives : de la nécessité de réguler un système financier et monétaire fondé sur la prise de risque.

De l'absence de contre-pouvoir interne dans l'économie financière
Il existe une différence fondamentale entre l'économie réelle et l'économie financière, qui tient à la « séquence temporelle » des investissements et des recettes. Dans l'économie réelle, le temps 1 est celui de la dépense. Le temps du retour sur investissement n'arrive, à moyen ou à long terme, qu'une fois la dépense consentie, notamment par une direction financière qui, à cet égard, exerce une force, une contrainte, une sorte de contre-pouvoir interne face à la prise de risque que représente tout investissement.
A l'inverse, dans l'économie financière fondée sur l'effet de levier, le temps du retour sur investissement est le Temps 1. L'on touche les intérêts d'un investissement immédiatement. Le moment de la dépense vient en Temps 2, et il est parfois si éloigné dans le temps que la conscience de la prise de risque s'affaiblit sensiblement. Celle-ci n'agit alors pas comme un contre-pouvoir aussi fort que dans l'économie réelle. C'est cette absence de contrepouvoir qui rend nécessaire une régulation externe.

De la prise de risque privée dans la création monétaire
Quoique théoriquement considérée comme un bien public, la monnaie, paradoxalement, n'en demeure pas moins fondée sur une prise de risque privée. En effet les banques centrales n'émettent en réalité que 5% de la monnaie. Les 95% restant sont émis par l'industrie bancaire, en contrepartie des crédits qu'elle accorde. A ce titre, il apparaît d'autant plus nécessaire d'exercer un contrôle public sur la création de monnaie et de richesse.


I- Dérégulation des acteurs financiers mondiaux et manque de compétitivité de l'économie française

1- Au niveau mondial

  • La crise repose sur une dérégulation des acteurs : hedge funds, banques d'investissement, produits dérivés, agences de notation, etc.
  • L'économie d'endettement est allée trop loin chez tous les acteurs
  • Le FMI a accompagné la crise d'un silence assourdissant


2- Au niveau européen

  • La zone euro souffre d'une contradiction absolue : le fait d'avoir mis en place une monnaie unique et de continuer à fonctionner avec dix-sept régulateurs différents, incapables de prendre des mesures de façon unanime pour faire face à la crise.


3- Au niveau français

  • La France est plus endettée que les autres pays européens : un déficit de 6% du budget public par rapport au PIB entre 2009 et 2010 fera passer la dette publique de 80% à 85% du PIB.
  • La France souffre d'un manque de compétitivité économique grave.
  • Plus de 80% de la compétitivité de l'économie française repose sur l'industrie. Or, c'est le secteur le plus taxé.
  • Les marges bénéficiaires des entreprises françaises sont les plus faibles d'Europe, à 30%, contre 38% en moyenne en Europe et 40% en Allemagne (source Eurostat).
  • L'appareil productif français est pénalisé par un sous-investissement en R&D et autres leviers qui favorisent et soutiennent l'innovation.
  • Le nombre d'entreprises françaises exportatrices diminue chaque année.

Or, ce problème est nié par le politique. L'« Erreur Historique », de Nicolas Sarkozy consiste en l'absence de mesures en faveur de la compétitivité de l'appareil productif français.


II- Propositions pour une meilleure régulation et un retour aux fondamentaux

1- Réguler

  • Créer un organe indépendant de régulation mondial, qui serait conçu par le FMI ou la BRI
  • Créer au niveau de l'Union Européenne un instrument commun d'intervention. Pour l'instant, aucun Chef d'Etat européen ne s'est prononcé en faveur d'un tel organe de régulation européen.
  • Supprimer les paradis fiscaux
  • Réguler les hedge funds, les LBO, etc.
  • Responsabiliser pénalement les décideurs économiques.
  • Renforcer l'indépendance et la compétence des Conseils d'Administration
  • Imposer une liaison plus étroite du Comité d'Audit avec le régulateur.
  • Ne plus autoriser les marchés de gré à gré.


2- Renoncer au modèle économique de l'endettement

  • La croissance ne doit non pas se fonder sur la capacité d'endettement mais sur la capacité productive des industries, et reposer sur la création de valeur tangible.


3- Au niveau français : priorité à la compétitivité

  • Soutenir l'innovation en multipliant les mesures du type Crédit Impôt Recherche en faveur de la compétitivité des entreprises.
  • Maintenir la durée légale du travail à 35 heures et renvoyer la négociation des heures supplémentaires au dialogue social, en supprimant l'exonération des charges sociales sur les heures supplémentaires.

4- Professionnaliser le traitement politique des questions économiques

  • Accroitre la culture économique des politiques
  • Les entourer des meilleurs experts.
  • Dissocier la question économique de l'émotion politique consistant en une réponse immédiate face à la pression de l'électorat, et ainsi prendre le temps de mener une analyse et une réflexion économique approfondie et sereine.


***

La création d'un régulateur transnational en matière financière est impérative et doit être avant tout le fruit d'un projet, d'une volonté et d'une décision politique, à l'échelle mondiale.

C'est à ce prix que l'action des banquiers centraux et diverses autorités de marchés sera efficace. En effet ces derniers ne sont pas des « samouraïs » mais des diplomates. Ils doivent être investis d'une légitimité d'action politique.

Reste cependant une question : Quel politique osera, le premier, tenir un tel discours de rigueur ? Même si elle peut se fonder en raison, elle n'en reste pas moins théorique et n'est peut-être ni politiquement ni socialement tenable à court terme.

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