La société civile organisée

La démocratie n'est pas un concept figé. Elle ne saurait se résumer à des institutions et encore moins à des processus administratifs de gouvernance.

La démocratie n'est jamais acquise. Elle se mérite, se construit, se vit, se remet en cause et s'adapte. C'est un véritable corps social en mouvement.

Depuis quelques années, sous la pression d'un certain nombre de facteurs conjugués, on assiste à un lent mais réel déclin, si ce n'est de la confiance, du moins de l'intérêt à l'égard du monde politique et à un absentéisme croissant lors des élections.

Les partis politiques ont répondu et continuent de répondre à une mission d'expression et à l'animation des organes publics. Leur rôle reste fondamental mais sans doute moins central.

Les gouvernements sont et seront désormais beaucoup plus tributaires de l'opinion publique. La délégation de pouvoir consentie lors des élections n'est plus perçue comme un blanc-seing. C'est beaucoup plus une délégation d'autorité accordée sur un sujet précis.

La représentation démocratique ne saurait être une invitation à la passivité citoyenne.

Les Etats devront prendre en compte, beaucoup plus qu'hier, les propositions et les critiques émises par les opinions publiques dont les prises de position, qui de plus en plus, sont et seront relayées avec beaucoup plus de force par les associations, les ONG.

De simples sujets de droit international public, les ONG sont devenues avec le temps, des actrices à part entière, des porte-parole incontournables de la société civile.

Si la vocation initiale d'une ONG est bien d'apporter une contribution de sens à la société par des prises de position, des réflexions, des propositions de réforme, la logique implique bien souvent d'aller plus loin dans le devoir d'action, de s'impliquer plus concrètement, notamment en fournissant de véritables « prestations de service ».

Il est de l'intérêt des Etats à voir se développer des ONG fortes et indépendantes, non seulement afin de permettre aux citoyens de pouvoir participer, contribuer de manière constructive à la vie de la société - et ainsi d'éviter la fracture sociale profonde - mais aussi de pouvoir bénéficier de prestations, d'expertises pouvant être de nature à optimiser la qualité et l'efficacité du service public et du travail parlementaire.

Il ne suffit pas de faire le bien encore faut-il bien le faire.

Si l'on peut se réjouir de la montée en puissance des ONG, on doit parallèlement appeler de nos v?ux pour que s'amorce une véritable culture de responsabilité, ce qui est d'ailleurs le pendant légitime à toute activité quelle soit économique, politique, etc.

Cette obligation est encore plus pressante pour des organismes dont la vocation est de dénoncer l'inacceptable, de promouvoir des solutions équitables...

La nature du statut impose radicalement plus de clarté et de rigueur au regard des missions affichées et des rôles accordés.

L'espérance portée par les ONG est à la hauteur des modes de gouvernance et de la responsabilité qu'elles doivent élaborer et s'imposer.

Loïc Tribot la Spière
Délégué Général
CEPS
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