Europe 2009

L'Europe est une mosaïque de cultures et de langues. C'est aussi une diversité de paysages, de climats et de populations. C'est un continent où se sont développés, affrontés et liés non seulement des peuples mais aussi de grandes civilisations. C'est, sans nul doute, l'entité régionale la plus diverse et la plus complexe du globe terrestre. Qui aurait pu imaginer à l'époque, au sortir du second grand conflit mondial, que puissent émerger entre quelques Etats européens, qui venaient de s'entredéchirer, le souhait, la volonté de se rapprocher, d'institutionnaliser leurs convergences économiques en créant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA)?


Majoritairement, les peuples membres de l'Union européenne restent attachés à l'Europe, sondage après sondage. Néanmoins, quand on prend la peine d'affiner les questions posées aux mêmes interlocuteurs, quand on les interroge sur l'efficacité de l'Union, constatons que les réponses sont nettement plus nuancées par rapport à la visibilité, à la création de valeur ou à la vision qu'elle offre. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, les Européens sont attachés au concept européen mais restent sceptiques sur ce qu'il peut leur apporter. Malgré les efforts déployés, l'Europe demeure une réalité abstraite pour les Européens pour qui les contours de compétence et d'application restent difficilement cernables.


A cet égard, reconnaissons que les politiques et les représentants des institutions communautaires n'ont jamais su faire preuve de grands talents pour « vendre » les avancées concrètes et positives de l'Union. Si l'on se risquait simplement à présenter et à évaluer tous les avantages générés par la dynamique européenne mais aussi les conséquences de la non-existence de l'Union, les Européens seraient surpris. Cependant, ne nous voilons pas la face, les peuples européens ont aujourd'hui, en grande majorité, une perception assez mitigée de l'Union européenne. Les débats homériques sur la constitution en sont, entre autres, un vibrant exemple.


Nous ne pouvons que regretter et constater le réel affaiblissement de l'esprit européen ; l'idée du projet disparaissant sous la vision d'une image tatillonne terriblement bureaucratique. La Commission perçoit certes les enjeux mais peine à trouver les idées concrètes qu'attendent et souhaitent les opinions publiques. Les politiques, quant à eux, font ce qu'ils peuvent en ayant cette tendance à rendre « Bruxelles » cause de tous les maux. Cette caricature du projet européen, cette tentation de faire de l'Europe un « bouc-émissaire » a largement contribué à pénaliser la dynamique européenne. L'Union a certes relevé un grand défi et continue au quotidien d'apporter sa pierre à l'édifice. Néanmoins, il serait déraisonnable de considérer que globalement tout va pour le mieux. L'espace économique constitué et reconnu ne pourra éviter un approfondissement. Le contexte de très forte turbulence financière impose des réponses juridiques fiscales et sociales harmonisées. Il serait, par ailleurs, grand temps que l'Union puisse commencer à élaborer une politique clairvoyante concernant ses champions industriels et qu'elle s'interroge sur la montée en puissance des fonds souverains. L'Europe de la Défense reste à faire, celle de l'Environnement et de l'Energie à élaborer.


L'Europe reste un destin à écrire quoique l'on puisse dire. Commençons, à cet égard, par faire en sorte que des cours d'histoire européenne soient dispensés dans toutes les écoles européennes. Proposons aussi que les bonnes pratiques quotidiennes créatrices de valeur, que les expériences réussies qui font l'Europe soient recensées de manière pragmatique et enfin diffusées(1). Suggérons qu'un statut des associations soit élaboré et adopté (en l'occurrence, rendre l'Europe aux Européens en encourageant leurs initiatives). Militons pour qu'un véritable concept de bassin d'emploi européen soit élaboré et développé pour assurer une véritable fluidité des talents au sein de l'Europe et bien sûr proposons que les élections de nos parlementaires européens se déroulent enfin et symboliquement le même jour dans toute l'Europe. Quel signal fort cela représenterait dans l'Europe !


Indépendamment de tout ceci, fondamentalement, la question de la finalité européenne reste posée. A-t-elle vocation à s'élargir à tous les Etats qui demandent leur adhésion et à cantonner son ambition à la création de l'une des plus grandes zones de libre échange du monde ou à donner naissance à un espace socio-politico-économique plus circonscrit mais plus approfondi ? Aujourd'hui plus qu'hier les opinions publiques sont en attente d'une dynamique de nature à les mobiliser. La crise économique et financière que nous traversons et la manière d'y répondre pourraient être l'occasion d'amorcer de nouveaux réflexes, de renforcer l'architecture européenne, de mobiliser les Européens autour de grands chantiers d'avenir.


La crise financière avec ses conséquences économiques, sociales et tout simplement humaines offre une véritable fenêtre d'opportunités pour agir et avancer plus loin dans l'élaboration de réponses collectives. Elle devrait être le grand chantier permettant de redynamiser l'Europe. Sachons en profiter ! La profonde crise actuelle a la vertu d'être globale. Elle impose des réponses concrètes qui dépassent le cadre des seuls Etats. Les mois qui vont venir et la façon dont réagira ou ne régira pas l'Europe nous éclaireront sur le destin qu'elle souhaite assumer ou pas. L'Europe, surtout dans cette période de turbulences qu'elle est en train de vivre, a besoin d'un sursaut qui, selon toute vraisemblance, viendra autant d'hommes et de femmes engagés au sein d'associations, d'ONG, de syndicats de la société civile que des institutions traditionnelles(2). L'Europe mérite en effet mieux que les discours convenus et les directives complexes que l'on n'a cessé de nous proposer et de nous infliger ces dernières années. Et si, dans le fond, la crise permettait de prendre en compte et de traiter un certain nombre de grands chantiers structurels et sociaux restés trop longtemps sans réponse ? Elle pourrait être une chance pour les Européens et par conséquent pour l'Europe, ne la laissons pas passer !

 

Loïc Tribot la Spière
Délégué général
CEPS

1) We the peoples of Europe : Les Bonnes Pratiques qui font l'Europe, d'Elin Bengtsson et Caroline Boudergue,
préface de Pat Cox, Editions Publisud, mai 2008.
2) La composante participative de la démocratie : la société civile organisée, d'Anne Pousson et Elin Bengtsson, sous la direction de Loïc Tribot La Spière,CEPS /Conseil de l'Europe, mars 2007.

CEPS OING CEPS OING

Commentaires

Aucun commentaire.

Ajouter un commentaire


Code de vérification.