Les ONG et la gouvernance

Les ONG ont-elles besoin d'élaborer et de s'astreindre à des règles et à des pratiques de gouvernance ?
Très clairement et lucidement, la réponse est bien sûr, oui !

Car si l'on peut se réjouir de la montée en puissance des ONG, on doit parallèlement appeler de nos v?ux pour que s'amorce une véritable culture de responsabilité, ce qui est d'ailleurs le pendant légitime à toute activité qu'elle soit économique, politique ou humanitaire. Cette obligation est encore plus pressante pour des organismes dont la vocation est de dénoncer l'inacceptable, de promouvoir des solutions équitables.

En effet :

  • Il ne suffit pas de faire le bien, encore faut-il bien le faire

L'espérance portée par les ONG est à la hauteur des modes de gouvernance et de la responsabilité qu'elles doivent élaborer et s'imposer. Seule, en effet, la prise en compte de cet impératif permettra d'éviter des risques de dérives qui sont d'ailleurs inhérents à toute activité humaine.

  • Ce n'est pas, en effet, parce que la finalité d'une ONG n'est pas lucrative que son mode de fonctionnement peut être exempt de rigueur, d'efficacité et de clarté

Non seulement la nature de la mission, mais aussi les soutiens apportés par les donateurs obligent à un réel exercice de visibilité ; à montrer, en l'occurrence, que les ressources allouées contribuent non seulement à une gestion saine et rigoureuse de l'organisation mais aussi et surtout qu'elles sont affectées à des projets en lien avec la finalité affichée. Et ce, encore plus lorsque les bailleurs de fonds sont publics. La nature du statut impose plus de clarté et de rigueur au regard des missions affichées et des rôles accordés.

  • Eviter la fuite en avant, en l'occurrence, oublier la victime en cours de route

A l'heure actuelle, on assiste à un véritable engouement, on peut même parler d'effet de mode. Ce mouvement, cette dynamique créatrice(1), peut faire craindre des débordements, le développement de pratiques non éthiques voire la création de vrais/faux lobbies. Ce phénomène pourrait contribuer à ce que s'amorce, à terme, des pratiques et des comportements fortement concurrentiels voire, peut-être même déviants entre ONG, dans la recherche de fonds. Il est vrai que les budgets dont on parle peuvent atteindre des montants impressionnants (2). Par ailleurs, la crise pourrait à très courte terme tarir la générosité des donateurs et accentuer fortement les pratiques « concurrentiels » de levée de fonds.

1. Selon l'Union des Associations Internationales (UAI), il y aurait à l'heure actuelle environ 40 000 ONG dans le monde (www.uai.org)

2. En 1990, le budget d'Action contre la faim s'élevait à 5 millions d'euros. Il atteint, en 2006, 60 millions d'euros. Plusieurs réseaux d'ONG humanitaires américains et européennes (CARE, OXFAM, WORLD VISION, ...) dépassent aujourd'hui le milliard d'euros de budgets.

 

Malin Berge Birath
Chargée de mission
CEPS
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