La France accuse un retard en matière d'actionnariat grand public. Le nombre d'actionnaires individuels en France reste faible et stable depuis de nombreuses années. Il en est de même pour le nombre d'épargnants qui achètent des produits d'investissement (OPCVM, trackers, warrants...).
Dans ce domaine comme dans d'autres, la France se distingue en Europe. Les britanniques investissent dans les entreprises une fois leur habitation payée ; en Hollande, les investisseurs privés se portent plus particulièrement sur les produits dérivés comme les options ou les warrants ; en Allemagne, le produit action connaît un succès relatif ; les Espagnols adoptent des comportements d'investissement assez similaires à ceux des Français.
L'actionnariat populaire est apparu en France lors des premières privatisations en 1986. Le choc boursier de 1987 n'a pas refroidi ces premiers convertis à la Bourse. Pendant près d'une décennie, le chiffre des actionnaires individuels est resté stable. La Banque de France et Euronext ont constaté une évolution à la hausse à partir de 1999. Nous avons observé une augmentation très sensible de presque 50 % en 3 ans pour atteindre environ 7 millions d'individus. Cette hausse s'explique principalement par l'explosion des valeurs Internet et l'apparition des courtiers en ligne qui ont entraîné une chute importante des coûts des transactions boursières.
Après une légère baisse à la suite de l'effondrement des marchés en 2002, nous dénombrons actuellement 7 millions de personnes seulement qui possèdent des titres vifs de sociétés. Au total, environ 11 millions d'individus, soit 22 % de la population française de 18 ans et plus, investissent dans des produits d'épargne liés à l'« action », c'est-à-dire des OPCVM ou des titres vifs.
En France, l'opinion se révèle particulièrement réservée, par rapport aux autres pays, à l'égard du système capitaliste. L'investissement dans les entreprises n'est pas reconnu comme un facteur de création de richesses. Alors que sur le long terme, l'investissement dans les entreprises apparaît comme le plus rentable, les Français se montrent frileux et privilégient d'autres formes d'épargne.
Selon une récente étude Globescan, ils étaient 41 % en France à considérer que la libre entreprise et l'économie de marché constituent le meilleur système sur lequel s'appuyer pour l'avenir du monde, alors que cette opinion est partagée par 70 % d'Américains, 66 % de Chinois, 62 % d'Allemands et 59 % de Britanniques.
Les Français ne disposent pas non plus de la culture économique de leurs voisins britanniques ou allemands. Les informations économiques restent peu présentes dans les médias grand public. Les journaux télévisés annoncent la plupart du temps la fermeture d'une entreprise ou un plan social. Le rôle de la Bourse, comme moyen de financer les entreprises n'est pas connu ni reconnu. L'imaginaire économique des Français se structure peu autour de l'entreprise, mais plutôt autour de l'État.
L'entreprise et donc son capital n'apparaissent pas, aux yeux des Français, comme les premières solutions vers lesquelles s'orientent les français pour faire fructifier leur épargne.
L'épargne des Français se dirige plus particulièrement sur des produits sécurisés. Ainsi ils détiennent en direct seulement 10 % du capital des sociétés cotées à Paris. Et 46 % du capital des sociétés du CAC 40 appartiennent à des fonds étrangers. Parallèlement, les fonds étrangers entrent en force dans le capital d'un grand nombre d'entreprises françaises.
Ces fonds représentent 28 % de la capitalisation boursières des entreprises du CAC 40. En 2006, 38,9 % d'entre eux étaient Français.
Dans cette configuration, tentons de comprendre comment les Français actionnaires se comportent lors d'une crise économique ou financière comme celle que nous traversons aujourd'hui.
Depuis le mois d'août, les actionnaires français dans leur grande majorité ont adopté une attitude de prudence et d'attentisme. Certains ont pu réaliser quelques arbitrages dans leur portefeuille en fin d'année pour des raisons fiscales, d'autres ont profité de la volatilité de certains titres pour agir régulièrement sur les marchés, mais ces comportements actifs représentent seulement 10 à 15 % des actionnaires français.
Il est encore trop tôt pour dire si certains ont soldé leur compte en Bourse. Lors de la précédente crise, en 2002, ils ont été entre 200 et 300 000 investisseurs à quitter la Bourse. Il s'agissait plus particulièrement de jeunes actionnaires, qui avaient considéré la Bourse comme une sorte de casino où l'on gagnait à tous les coups.
On ne peut pourtant comparer la crise actuelle à celle de 2002, car les fondamentaux économiques des sociétés cotées ne sont pas les mêmes. Depuis 2002, le comportement des actionnaires individuels s'est fondamentalement modifié. Les 7 millions d'actionnaires d'aujourd'hui ont fait ce choix car ils estiment que l'investissement dans des sociétés cotées est profitable sur le long terme. Nous pouvons donc former l'hypothèse que le nombre d'actionnaires ne diminuera pas.
À travers l'étude I.D.A (Investisseurs - Décideurs - Actifs) qu'OpinionWay réalise tous les ans sur le comportement des actionnaires, leurs sources d'information et l'image qu'ils ont des principales sociétés, nous notons de réelles évolutions dans les critères qu'ils utilisent pour analyser et investir dans une valeur. Autant auparavant l'investissement restait intuitif, autant maintenant il semble plus réfléchi. Les actionnaires privilégient les critères suivants : le PER, le ratio d'endettement, le développement international, l'innovation, le rendement de l'action. Les actionnaires, dans leur grande majorité, ont besoin de se rassurer. Ils recherchent donc des valeurs « de bon père de famille » qu'ils connaissent bien et qui sont engagées dans une stratégie de développement international. Cela prouve qu'ils ont appris les leçons de la crise précédente et intégré les excès de ce qu'on appelait la nouvelle économie. Les évolutions des cours de ces valeurs que nous pourrions appeler « fond de portefeuille » ont peu ainsi varié. Les actionnaires se montrent donc fidèles à leurs valeurs « refuge ».
Est-ce pour autant qu'ils vont investir davantage en Bourse ? Tous les scénarii sont envisageables. Mais l'histoire montre que ceux qui ont investi en Bourse restent ou reviennent après ce type de crise. Toute l'enjeu pour les entreprises sera de conquérir de nouveaux actionnaires et plus particulièrement chez les jeunes actifs.
Hugues CAZENAVE, Président, Opinion Way
Charles-Henri d'AUVIGNY, Directeur Associé en charge du Développement, Opinion Way

Commenter
