Sérenissime...

Il est parfois nécessaire de dire les choses telles quelles sont au risque de paraître brutal. Les circonstances imposent, en effet, de rappeler les saines et indispensables vertus du bon sens. La valeur et l'enrichissement s'établissent toujours, à terme, sur des réalités tangibles, créatrices de richesse. La crise que nous connaissons et ses conséquences était, si on est clairvoyant et sensé, naturellement prévisible. Elle est l'expression d'un mode d'enrichissement fondé sur une croyance immodérée dans la capacité des marchés à créer et à optimiser de la valeur quelles que soient les circonstances.

La période frénétiquement optimiste que nous venons de connaître nous rappelle que la valeur ne saurait se créer sur du virtuel. Soulignons, à cet égard, que les « optimisateurs », accompagnateurs de valeur, sont fréquemment étrangers à sa création initiale et n'ont bien souvent qu'une vision financière, partiellement économique des situations. Précisons qu'ils ont parfois tendance à apprécier une situation en fonction de leur capacité à optimiser leur mode d'intervention qui peut quelquefois se trouver en décalage avec la réalité des faits.

Dans cette course à la sur-optimisation de la valeur, on peut raisonnablement s'interroger sur l'étonnement de certains dirigeants qui ont consciemment fondé une partie de leur business sur ce modèle. Certes, et c'est une lapalissade, le monde est incertain. Mais, constatons que bien des acteurs ont contribué à le rendre assez irrationnel et fortement imprévisible du fait de son absence de lisibilité. La crise que traverse, à l'heure actuelle, l'économie mondiale ne saurait se résumer à une seule crise immobilière, et encore moins à une crise bancaire, boursière ou financière américaine. Elle traduit et exprime la capacité et la croyance de bon nombre de financiers, voire de certains industriels, à considérer qu'il est possible de pouvoir s'enrichir quelles que soient les circonstances. Le risque d'un tel système est qu'il ne peut que s'emballer et les comportements peuvent devenir irrationnels et « moutonniers ». Les lendemains sont rudes et imposent de les étudier avec prudence et lucidité.

La période que nous traversons est extrêmement intéressante. Au risque de paraître scandaleusement archaïque et décalé, reconnaissons qu'elle a contribué à légitimer le retour des Etats. Hier ringardisés, les Etats sont en effet appelés, après avoir été dénoncés, à soutenir, voire à intervenir, afin d'assurer la pérennité d'entreprises ou, phénomène plus rare, d'institutions financières soit directement, soit par la voie de fonds d'investissement souverains. Nous savions qu'en matière d'efficacité et de bonne gestion, l'Etat n'avait pas de leçon à donner au privé. Nous savons désormais que c'est aussi vrai dans l'autre sens !

Constatons, en effet, que, suite à ce qu'il convient d'appeler des prises de risque excessivement optimistes, quelques grands acteurs financiers identifiés et reconnus comme des acteurs leaders du secteur, n'ont assuré leur survie et leur pérennité que grâce au retour et au soutien de cet acteur souvent vilipendé qu'est l'Etat. L'Histoire ne peut s'arrêter à ce constat et considérer que la période que nous connaissons ne serait qu'une étape et que les Etats n'auraient vocation qu'à répondre au besoin circonstancié du marché, bref à relancer la mécanique économique et à se retirer. Les populations ont-elles vocation à soutenir des entreprises qui mobilisent leurs investissements et orientent leurs créations d'emploi, mondialisation oblige, à l'International ? Peut-on s'étonner du retour sur investissement que l'Etat, ou plus précisément, que l'acteur citoyen serait en droit d'exiger ?

Les récents évènements nous ont rappelé que les partages de bénéfice supportent peu de commentaires mais qu'en revanche les dettes et les pertes peuvent être « mutualisées » par la force des choses.

Le monde change et certes, certains Etats ont été, ces dernières années, dans bien des cas, des « sleeping partners », relativement peu anticipateurs voire mauvais gestionnaires. N'en déplaise, ce contexte impose, comme nous le soulignons, le retour des acteurs publics. La question n'est plus de savoir si cette implication est souhaitable ou légitime : elle est devenue nécessaire. Ce qui impose que les acteurs publics redeviennent des « professionnels » et qu'ils rendent des comptes, désormais plus clairement qu'hier, à leurs actionnaires qui sont, en l'occurrence, leurs citoyens. Si le retour des Etats apparait inéluctable, il impose d'évoluer sur les modes de gouvernance qui peuvent apparaître, à bien des égards, obscurs et à peine existants. Il faudra désormais expliquer et commenter les raisons qui ont conduit à prendre telle décision plutôt que telle autre. Mais aussi évaluer clairement le montant des pertes ou des recettes réalisées en précisant l'imputation de ces bénéfices. Il est temps d'afficher et d'affirmer qu'une démocratie ne saurait se résumer à un droit de vote, c'est aussi une façon d'apprécier la cohérence et la pertinence des services effectués par l'Etat et la gestion des biens dont il assume la responsabilité pour et au nom des citoyens.

Loïc Tribot La Spière
Délégué Général du CEPS

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Commentaires

J'ajouterais à cela que l'Etat n'est qu'un delegataire, il né de la cristallisation des pouvoirs des citoyens et se doit de mener une action lisible et justifiée. Or aujourd'hui, nous sommes les victimes passives d'une surmediatisation contradictoire, ne traitant que de faits isolés et derisoires qui nous plongent dans une inquiétante insouscience.
  • Mercredi 16 Juillet 2008

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