La Croissance par la Valeur

Ce n'est pas parce que l'on est un acteur économique, « un créateur de valeur », que l'on ne peut pas être sujet à la tentation de la déraison, et, en l'occurrence, hisser des mythes à hauteur de vérité intangible ou des dogmes.

Ainsi en a-t-il tout particulièrement été à la fin des années 1990 et au début des années 2000, lorsque le management financier, fondé sur des ratios de valorisation particulièrement complexes, voire parfois contradictoires et généralement difficilement lisibles pour le profane, axé sur l'optimisation de la valeur de l'entreprise, a contribué notoirement à focaliser les énergies de bon nombre de dirigeants sur la bonne tenue du cours de bourse, sur l'attractivité financière de l'entreprise.

Cette démarche, cette fuite en avant, ne pouvait que trouver un large écho auprès des investisseurs, des introducteurs, des spécialistes des fusions acquisitions, voire d'un certain nombre de managers, personnellement concernés par l'optimisation du titre de l'entreprise. A posteriori au regard des faits, on peut s'interroger sur le rôle de ces différents acteurs et, plus fondamentalement, sur le fait de savoir si les actions qu'ils ont initiées, accompagnées, auditées, analysées, n'ont pas été effectuées, dans bien des cas, au détriment de l'entreprise elle-même, dans le seul intérêt des acteurs normalement chargés de créer de la valeur pour l'entreprise.

Si l'on assiste à une relative correction de ces comportements, constatons néanmoins, qu'ils n'ont pas altéré le « diktat » de la création de valeur pour l'actionnaire.

Si l'on doit reconnaître et condamner l'opacité d'une certaine forme de management et militer pour que l'on offre aux actionnaires les informations et le légitime retour sur placement auquel ils ont droit, rappelons, au risque de choquer, que les fondamentaux, les priorités d'une entreprise restent premièrement ses clients puis ses salariés et enfin ses actionnaires. En inversant cette pyramide des valeurs, bon nombre d'acteurs économiques ont forgé les outils d'un mauvais scénario et ils se préparent à terme à des lendemains particulièrement douloureux.

La valeur d'une entreprise tient à la satisfaction de ses clients, à la qualité et à la pertinence de la stratégie élaborée et menée par les managers mais aussi à l'assiduité, à la compétence de se salariés dans l'élaboration, la confection des produits, des services et de leurs promotions.

Le système capitaliste repose fondamentalement sur le principe de la confiance ; constatons qu'elle a été substantiellement émoussée. Des réformes, des nouveaux comportements s'imposent mais aussi et sans doute plus fondamentalement une autre manière d'analyser et apprécier la réalité d'une entreprise. La confiance ne s'impose pas, elle se mérite.

Loïc Tribot la Spière
Délégué Général du CEPS
La Croissance par la Valeur, 2005

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