L’économie de fonctionnalité : un futur business model conciliant économie et développement durable ?

Basée sur la substitution du service de location à la vente d'un produit, cette économie pourrait amener les industriels à adopter tout naturellement une démarche de développement durable : leurs revenus étant liés à des services d'usage et de maintenance, ils seraient naturellement enclins à concevoir des produits pérennes et modulables et à dématérialiser leur production. Ce système vertueux aurait pour effets un amoindrissement de la production industrielle et donc de l'utilisation de matière et d'énergie, ainsi qu'une diminution des déchets issus de la consommation. En revanche, les flux financiers peuvent continuer de croître. Ce système permettrait à l'entreprise de concilier augmentation du profit et diminution de la pollution.

A l'instar des préconisations du rapport Brundtland, l'économie de fonctionnalité induit un consensus selon lequel la valeur créée par l'entreprise n'est plus uniquement destinée aux actionnaires (shareholder) mais également aux autres parties prenantes (stakeholder), à savoir les salariés, les clients, l'Etat, la société... Le système ne change finalement de la logique actuelle que dans la mesure où la valeur est répartie de façon à satisfaire toutes les parties prenantes et afin que l'entreprise s'intègre mieux à la société et à son environnement.

Ainsi, les clients profiteront de la meilleure qualité des produits et les salariés développeront des compétences nouvelles valorisantes, moins répétitives et plus créatives, dans la R&D, le marketing, la communication ou encore la logistique. L'allongement de la durée de vie des produits entraînera la diminution de la production donc de l'utilisation des matières premières et des coûts associés, ainsi que la diminution des quantités de déchets, ce qui profitera directement à l'environnement. La société, quant à elle, bénéficiera de la création d'emplois par le biais de la production et de l'augmentation de la part du service, induites par l'économie de fonctionnalité. Les entreprises tireraient un double avantage de cette économie : en effet, outre la réduction des coûts, liée à la diminution d'utilisation des matières premières et au recyclage, la dématérialisation de leur activité permettrait aux sociétés d'améliorer leur image en se montrant plus soucieuses de l'environnement.

Les avantages de chaque partie prenante sont par conséquent interdépendants les uns des autres. L'application de l'économie de fonctionnalité impulse une dynamique vertueuse où l'évolution environnementale, sociale et économique, va dans le sens du développement durable. L'enjeu repose alors sur la capacité de l'économie de fonctionnalité à être appliquée et étendue aux maximums de secteurs d'activité sans compromettre une des parties et bloquer le cercle vertueux[1].

Certes, l'économie de fonctionnalité n'est pas dénuée de défaut, mais elle n'en compte pas plus que le système actuelle et a cette qualité supplémentaire de militer en faveur de la survie de notre planète et donc de l'être humain.


[1] cf. article « l'économie de fonctionnalité, un modèle pour le développement durable » Alexis Berger, AEDEV, juin 2006


Anne Pousson, Chargée de mission, CEPS

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