La présidence française de l’UE : Et si l’on décidait enfin d’écouter les peuples ?

À partir du mois de juillet, la France assurera la présidence de l'Union Européenne. Elle se retrouvera face à une Union qui a beaucoup évolué, mais qui est toujours confrontée aux mêmes problématiques qu'en 2000, lors de la dernière présidence française. Le grand défi à relever, aujourd'hui comme à l'époque, est de trouver comment rapprocher les institutions bruxelloises des peuples européens, et de faire en sorte qu'ils s'approprient l'Europe et qu'enfin celle-ci réponde plus profondément à leurs aspirations. La France sera-t-elle capable de relever ce défi ?

 

En 2001, la Commission a publié un Livre blanc sur la gouvernance européenne. Ce rapport mettait en évidence non seulement les attentes des citoyens à l'égard de l'Union pour résoudre des questions quotidiennes mais aussi la difficulté des institutions bruxelloises à y répondre. Le Livre blanc proposait de remédier à cela par une plus grande interaction avec la société civile, à travers le dialogue, la souplesse, le partenariat...

Pourtant, malgré les efforts déployés, ceci n'a pas empêché l'échec du processus d'adoption de la constitution. Constat amer, les européens ne se sentaient pas ou faiblement concernés par l'Union. Les Français et les Néerlandais l'ont clairement rappelé. Les raisons de cette défaite sont connues et ont déjà fait l'objet de commentaires et d'analyses divers. Constatons, néanmoins, simplement que la dynamique européenne n'a pu mobiliser massivement les opinions publiques, ni en 2000, ni en 2007. Pourquoi ceci marcherait mieux en 2008 ? Vendredi 13 juin : Le « non » irlandais a confirmé cette tendance, qui est en soi révélateur d'un mal plus profond. C'est pourtant exactement ce que le Livre blanc avait cherché à traiter et à éviter en essayant de motiver un plus grand engagement citoyen. On ne peut pas dire que l'exercice fut concluant.

Il est évident qu'il existe une Europe à deux vitesses : celle des institutions et celle des peuples. L'Europe est perçue par les citoyens de manière ambiguë, trop éloignée et trop envahissante, peu visible et trop rigide. Pour eux elle reste une machine à « standardiser » les particularismes. Cependant, et paradoxalement, il existe de multiples exemples de citoyenneté active, d'initiatives locales qui sont menées, sous l'impulsion des associations et des ONG. Les peuples, la société civile, ont vraiment commencé à s'approprier l'Europe, à infléchir sur la « politique rigide » incarnée par les institutions à Bruxelles. Néanmoins, ces richesses et ces talents passent souvent inaperçus aux yeux de ceux qui dirigent l'avenir de l'Europe. Il est étrange que, malgré un fort déclaratoire, ceci semble peu intéresser les acteurs de la présidence française.

Si l'on souhaite réconcilier l'Europe des institutions avec celle des peuples, il faut surtout gagner la confiance des européens. Un certain nombre d?initiatives sont à prendre pour recréer une dynamique, un véritable désir d'Europe de nature à booster notre avenir commun. Constatons, aujourd'hui, qu'il faut un nouveau souffle pour aller plus loin et que l'on reste cruellement dans l'attente de signaux forts et crédibles.

Cette dynamique de réconciliation, de confiance et d'appropriation pourrait éventuellement émerger d'une série de réformes. Nous avons, désormais, une monnaie unique, un passeport et un permis de conduire standardisés, et pourtant les élections au Parlement Européen restent un véritable « business national ». Pourquoi ne pas fixer, le même jour, l'élection du Parlement, dans tous les pays de l'Union afin d'instaurer un véritable débat européen ? Pourquoi ne pas offrir aux européens une chaîne de télé « public service » gratuite et accessible à tous pour créer un véritable débat public sur l'état et l'avenir de l'Europe ?

Les dirigeants de l'Europe doivent désormais s'inspirer de leurs citoyens pour franchir la deuxième étape dans la construction européenne. La seule possibilité d'avancer pour l'Europe est de forcer ses institutions à suivre le même chemin que ses peuples. Ce n'est pas une option, mais une condition. Sans les européens, il ne saurait y avoir d'Union Européenne.

Ce réveil passe par l'envie, le désir d'Europe. Qu'est-ce qui, aujourd'hui, pourrait être de nature à mobiliser massivement les peuples européens ? Le discours reste convenu et fort éloigné des peuples, il faut reconnaître qu'il fait peu vibrer. Le désintérêt des peuples sonne comme un désaveu. L'objectif n'est pas de convaincre les convaincus mais de mobiliser la grande majorité des opinions dans leur diversité. Il faut souhaiter que les politiques des différents pays d'Europe se mobilisent tous ensemble en oubliant leurs différences nationales. L'Europe mérite au moins cette concession.

Pensons l'avenir autrement, de façon audacieuse, et sans doute de manière plus actuelle et professionnelle ! L'Europe mérite que les énergies, déployées à l'heure actuelle, soient plus efficientes. Soyons conscients que les peuples ne sont plus réceptifs à ces argumentaires, à ces discours et à ces programmes qu'il faut tout simplement qualifier d'une autre époque ! Tant le discours que la méthode doivent être revisités. Cet exercice permettra d'apprécier si les politiques savent répondre aux attentes de leurs citoyens. En tout état de cause, un énorme challenge en perspective...


Elin Bengtsson,
Responsable des Relations Institutionelles, CEPS
Co-auteur de l'ouvrage « We the peoples of Europe :
Les bonnes pratiques qui font l'Europe », Editions Publisud


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