L'Europe, une belle histoire qui reste encore à écrire

L'année 2007 fut l'occasion de célébrer le 50ème anniversaire de la signature du Traité de Rome, l'acte fondateur de ce qui allait devenir l'Union européenne. Qui aurait pu imaginer, à l'époque, au sortir du second grand conflit mondial, que puisse émerger entre quelques Etats européens, qui venaient de s'entredéchirer, le souhait, la volonté de se rapprocher, d'institutionnaliser leur convergence économique ?

Cet audacieux pari n'aurait certainement pas été relevé s'il n'y a avait pas eu au chevet de cette Europe meurtrie de l'après-guerre quelques personnalités de talent et visionnaires, tout simplement des êtres d'exception.

Ce fut, en effet, grâce à l'impulsion de quelques uns (Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Paul-Henri Spaak, Konrad Adenauer,...), grâce à une vision commune qui les animait, que devait naître le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), embryon de ce qui allait devenir quelques décennies plus tard l'Union européenne.

On peut parler à cet égard d'un véritable « miracle ». Qui aurait pu, en effet, imaginer que dans l'immédiat, après guerre, la force de conviction, la foi de quelqu'un balaieraient les réticences, les ressentiments voire les haines !

On ne le redira jamais assez, ce fut contre toute attente que l'Europe émergea !

L'Europe fut au départ un grand projet idéaliste et pragmatique à la fois avant de devenir une réalité « polico-administrative ».

Précisons d'ailleurs que l'Europe n'aurait très certainement pas vu le jour aussi rapidement et ne se serait sans doute pas développée avec autant de dynamisme s'il n'y avait pas eu au départ « une vision partagée ».

Toute histoire humaine, quelle soit politique, entrepreneuriale ou caritative, ne peut émerger que sous l'impulsion de leaders incarnant et portant un projet. Et, en l'occurrence, l'Europe n'a pas fait exception à cette règle.

Porté par la dynamique des pères entrepreneurs, fondateurs, l'institution européenne a permis aux peuples d'Europe de vivre pour la première fois en paix et globalement dans une relative aisance matérielle.

Il serait à cet égard, long et fastidieux de dresser toutes les avancées, tous les avantages générés par toute la dynamique européenne.

Nous ne retiendrons que deux cas précis qui illustrent parfaitement les « bienfaits » de la démarche européenne : en l'occurrence, parmi tant d'autres, les réussites économiques incontestables espagnoles et irlandaises grandement bâties sur l'emploi des fonds structurels européens.

Si l'on essayait d'évaluer lucidement et complètement les conséquences de la non-existence de l'Union européenne, nous serions fortement surpris.

Il est quand même relativement navrant que les politiques et les représentants des institutions communautaires aient aussi peu de talent pour mettre en avant de manière concrète les inappréciables avancées dues à la dynamique concertée européenne.

Cependant, ne nous voilons pas la face, les peuples européens ont, aujourd'hui, dans leur grande majorité, une perception assez mitigée de l'Union européenne. Les politiques l'ont d'ailleurs parfaitement compris en préférant, lors de la « fameuse ratification de la constitution européenne », procéder plutôt par voie parlementaire que par celle d'un référendum. Regrettons et constatons un réel affadissement de l'esprit européen, l'idéal du projet disparaissant sous la vision d'une image tatillonne faiblement lisible et terriblement bureaucratique. La commission perçoit les enjeux mais peine à trouver les réponses concrètes qu'attendent et souhaitent les opinions publiques. Les politiques, quant à eux, font ce qu'ils peuvent en ayant eu bien souvent cette tendance à rendre Bruxelles cause de tous les maux. Cette « caricature » du projet européen, cette tentation de faire de l'Europe un « bouc-émissaire » a largement contribué à pénaliser la dynamique européenne. Il est vrai aussi qu'à 27, il est beaucoup plus dur de faire émerger une dynamique politique ! A cet égard, on peut légitiment s'interroger sur cette fuite en avant qui a consisté, ces dernières années, à vouloir accueillir le plus possible d'Etats d'Europe de l'Est sans avoir, au préalable, défini et élaboré de nouvelles règles qui permettraient d'aller plus loin dans la logique fédératrice.

L'Union a certes relevé un certain nombre de grands défis et continue au quotidien d'apporter sa pierre à l'édifice, néanmoins il serait assez déraisonnable de se voiler la face et de considérer que globalement tout va pour le mieux. L'Union court en effet le risque de passer à côté de ce qui fut au départ sa finalité : devenir une entité politique crédible.

L'espace économique constitué et reconnu à l'heure actuelle qu'est l'Europe, ne pourra faire l'impasse d'un approfondissement. Le terrorisme impose des réponses et des moyens globaux, des pratiques et des législations encore plus harmonieuses. Le contexte de forte compétitivité économique et son pendant spéculatif impose aussi des réponses juridiques fiscales et sociales harmonisées.

L'Europe reste en devenir, celle de la défense à faire, celle de l'environnement et de l'énergie à élaborer. Il serait par ailleurs grand temps que l'Union puisse enfin commencer à élaborer une politique économique clairvoyante concernant ses champions industriels et qu'elle s'interroge sur la montée en puissance des fonds souverains (chinois, russes, des Emirats)

L'Europe, quoi que l'on puisse dire, reste un destin à écrire, le passé récent nous confirme s'il le fallait que cette responsabilité ne saurait dépendre seulement de cette institution qu'est la Commission ou de cet organisme de représentation qu'est le Parlement européen ! L'Europe a besoin d'un sursaut qui, selon toute vraisemblance viendra des peuples et de la société civile (association, ONG, syndicats,...). L'Europe mérite en effet mieux que les discours convenus et les directives complexes que l'on nous propose : elle ne saurait se résumer à une juxtaposition d'institutions.

Militons à cet égard pour que les peuples d'Europe puissent et décident de s'approprier cette dynamique et de la porter. Proposons que dans toutes les écoles européennes des cours d'histoire européenne puissent être dispensés ; que les bonnes pratiques quotidiennes, les expériences réussies qui créent de la valeur et qui font l'Europe soient enfin recensées de manière pragmatique et ludique ; qu'un statut européen des associations soit élaboré et adopté (en l'occurrence rendre l'Europe aux européens en encourageant leurs initiatives associatives) et que les élections de nos parlementaires européens se déroulent symboliquement le même jour dans toute l'Europe !

L'Europe n'est pas une institution figée, c'est une histoire qui se vit au quotidien, à nous de l'assumer et de répondre à cette exigence.

Loïc Tribot la Spière

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Commentaires

En effet, l'Europe ne pourrat efficacement ce crée sans un dialogue des peuples qui la compose. Notons à cet egard qu'on ne fait confiance que lorsqu'on connait, qu'on ne peut ensemble, durablement batir sans avoir au prealable, posé ces fondations communes et partagées, en réelle adequation avec nos objectifs et desseins. Il est donc indispensable d'entamer une phase de dialogue, de comprehension puis de partage (coutumes et histoire). Or, en l'Etat actuel des choses, les institutions Européennes se montrent incapables de se soumettre à un tel exercice. Il faut un relais, et ce relais ne peut etre assuré que par les organisations et institutions à rayonnement Européen.
  • Mercredi 23 Juillet 2008

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