La création de valeur par le facteur humain dans le monde associatif

Les associations, fondations, ONG, s'appuient traditionnellement sur les hommes pour faire avancer leurs initiatives. Elles sont toutefois confrontées également aux règles du marché économique.

Idées clés
L'appropriation par les acteurs militants et professionnels est indispensable
Mener l'action avec passion, mais attention à la passion sans la réflexion
C'est la demande du destinataire qui doit provoquer le geste de générosité
Il est fondamental d'évaluer l'efficience des actions associatives
Il est de bon ton que l'entreprise affiche des valeurs proches des associations
Le monde associatif doit conserver son indépendance

L'appropriation par les acteurs militants et professionnels est indispensable
- La particularité du cadre associatif et de ses acteurs, pour beaucoup militants bénévoles, nécessite que ces derniers s'approprient l'action de l'association.
- Cela explique la concertation systématique de tous et l'adoption très fréquente de décisions collégiales, ainsi que la grande décentralisation de la prise de décision au bénéfice des responsables locaux présents sur le terrain. Le revers de la médaille : les décisions sont parfois longues et fastidieuses à arrêter.
- Paradoxalement, des militants très actifs peuvent ralentir l'action !

Mener l'action avec passion, mais attention à la passion sans la réflexion
L'équilibre est fragile entre professionnalisme, militantisme et éthique. Ces trois facteurs sont nécessaires, mais l'équilibre est difficile à trouver. A titre d'illustration, la passion peut être source d'engouement, d'action militante en faveur d'une cause, mais elle peut également devenir aveugle et dangereuse si elle n'est pas contrebalancée par la lucidité et l'efficacité du professionnalisme et la droiture de l'éthique (cf L'Arche de Zoé).

- Côté professionnalisme, le chef risque d'avoir à retenir ses troupes pour les empêcher de travailler trop !
- Le militantisme s'arrête au prosélytisme.
- L'éthique peut provoquer une inhibition de l'action : faut-il accepter de travailler dans des ex-camps Khmers ?
- Enfin, les campagnes de levée de fonds s'appuient sur du marketing direct qui peut être plus ou moins bien perçu.

C'est la demande du destinataire qui doit provoquer le geste de générosité
L'adaptation au terrain et la remise en cause régulière préjugent de la qualité d'une association. En effet, toute action sociale doit prendre en compte le facteur humain, doit s'adapter à la demande d'aide réelle du destinataire.
Cela implique notamment de ne pas imposer à tout prix son modèle d'offre, de savoir passer la main aux locaux, ou encore de ne pas confondre la valeur d'échange avec la valeur d'usage, laquelle importe réellement. Le bénéficiaire doit être au centre de la démarche de générosité.

Ainsi, une association quitte rarement le terrain une fois résolue l'urgence pour laquelle elle a été mandatée, en laissant derrière elle les problèmes adjacents. Sa mission s'élargit naturellement à l'aide à la résolution à plus long terme des causes de ces problèmes. Par exemple, passer de l'offre de nourriture à l'insertion professionnelle, puis à la construction de logements ; ou bien après l'apport de prothèses, apprendre à marcher, puis réfléchir à l'environnement adapté aux personnes handicapées.

- Elle doit par contre éviter d'imposer son modèle et réussir à se retirer et faire place aux locaux le moment venu.
- La valeur d'une ONG repose-elle sur sa capacité à s'autodétruire le jour où la demande disparaît ?
- La valeur du collectif passe par les individus, plus que la valorisation des individus par le collectif.

Problématiques des ONG dans l'avenir
- Comment éviter le dictat des finances ?
- Comment éviter de devenir simple prestataire de service, simple exécutant sans droit à la parole ?
- Comment éviter que la professionnalisation réduise la motivation, la « flamme » militante ?
- Comment faire en sorte que la société civile se responsabilise et prenne sa place, non en remplacement mais en complément de l'Etat ?

Il est fondamental d'évaluer l'efficience des actions associatives
Fédératrice, la notion d'efficience est aujourd'hui de plus en plus prise en compte, voire indispensable eu égard aux sommes aujourd'hui mises en jeu. Cependant, si l'évaluation quantitative se révèle plus ou moins aisée, l'efficience qualitative est en revanche beaucoup plus difficile à évaluer.

L'efficience d'une association peut se traduire par l'efficacité interne, évaluée notamment en fonction du nombre d'adhérents, et par l'efficacité externe, qui dépend de la réussite et de la portée des actions entreprises, de l'atteinte des objectifs fixés, et qui n'a d'existence que si une communication adéquate est faite.

En termes d'indicateurs de mesure, il s'agit par exemple de compter le nombre de repas servis, mais aussi le temps consacré à discuter avec les personnes aidées, afin de leur apporter le soutien à une meilleure insertion et de permettre aux individus de développer leurs propres stratégies.
Intrinsèquement, une association doit se remettre en cause en permanence.

Il est de bon ton que l'entreprise affiche des valeurs proches des associations
Certaines valeurs telles que les notions d'éthique, de professionnalisme ou encore de degré d'implication des collaborateurs dans un projet, rapprochent les entreprises des associations.

En matière de mécénat, la coopération entre les ONG et les entreprises se développe. Le mécénat comme pur produit marketing se fait de plus en plus rare. Cette coopération se développe grâce à une certaine prise de conscience, mais surtout en raison de la conjugaison des pressions associatives, médiatiques et au durcissement de la législation.

Certes, nous n'en sommes qu'aux prémisses de cette évolution, mais elle semble inéluctable. Ce type de coopération pourrait permettre de pérenniser l'action et la motivation de l'ONG et l'action utilitaire de l'ONG pourrait motiver les salariés d'une entreprise, leur donner un objectif qu'ils peuvent avoir perdu au fil des années. Le seul frein réside dans la différence des objectifs associatifs et entrepreneuriaux.

Le monde associatif doit conserver son indépendance
Deux questions se posent :
- Celle des financements: Existe-t-il un équilibre, ou des critères de choix entre le financement par subventions étatiques, qui peuvent impliquer une dépendance vis-à-vis de l'Etat, et le financement privé, subordonné au risque d'irrégularité et d'insuffisance des dons par rapport aux besoins ? Dans tous les cas, la règle à suivre pour bénéficier d'un maximum d'indépendance et de stabilité repose sur la diversification des sources de financement, qu'elles soient publiques ou privées.
- Celle de la répartition des rôles: Les délégations de service public ne doivent pas remettre en cause le rôle fondamental de contre-pouvoir du monde associatif.

Une extrême vigilance est nécessaire pour que la gouvernance des associations soit équilibrée. La nouvelle philanthropie de très grosses fondations, comme par exemple la Bill & Melinda Gates Foundation, est certes extraordinaire, mais implique que les priorités Sida au Togo relèvent finalement de la décision d'une petite dizaine de personnes dans le monde ...

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