Le G8 doit revenir à ses fondamentaux

Le récent discours du président de la République prononcé lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs de France à l'étranger a été l'occasion de donner un nouveau " coup de projecteur " sur la vénérable institution qu'est devenue le G8. Déjà, au printemps, certains observateurs avaient contesté l'efficience du G8. Organisation formelle/informelle, la finalité était à hauteur d'homme : donner aux chefs d'État des grandes puissances économiques l'occasion de mieux se connaître afin de tenter de traiter de manière optimale des enjeux de nature planétaire. Le principe était novateur mais la dernière réunion, en Allemagne, a illustré le dérapage du concept.  

Nous pouvons, en effet, douter que les chefs d'État conviés aient eu le temps, le loisir, la capacité de pouvoir échanger en toute convivialité dans un espace barricadé, surmédiatisé, réunissant plus de 2.000 personnes. Si l'objet reste de mieux se connaître, on ne peut pas dire qu'on ait été excellent dans la recherche de la simplicité. Les derniers G8 ont, il faut le reconnaître tout en le regrettant, consacré une certaine forme de " star académisation " du politique.

Si on considère que le concept a évolué, que l'objet est de donner de grandes impulsions, là aussi on est en droit de s'interroger. Force est de constater que la plupart de ces sommets n'ont pas contribué concrètement à une bonne gouvernance mondiale et donné de réelles impulsions. Le dernier G8 n'a pas échappé à la règle que ce soit par les prises de position concernant le développement durable ou la politique d'aides qu'il conviendrait de mener à l'égard de l'Afrique. Les prises de position affichées demeurent de l'ordre du déclaratoire et restent superficielles. Faut-il, par ailleurs, rappeler qu'elles n'engagent aucunement les membres du G8 et qu'elles n'ont aucune valeur à l'égard du reste de l'humanité ? Pis, elles sont devenues des forums d'expressions unilatérales, de véritables caisses de résonances pour certains des membres de ce club très fermé.

Constatons également que la symbolique dévoyée des réunions des chefs d'État des pays les plus industrialisés a contribué à susciter et à cristalliser amertume, revendication et exaspération. Indépendamment du coût d'une telle réunion dont l'efficacité n'a toujours pas été démontrée, ce " succédané " de gouvernance mondiale ne peut qu'interpeller. Il est, en effet, surprenant que, lors de ces réunions, symboliquement, on n'ait pas pris le parti d'accueillir de manière récurrente la Chine, l'Inde, le Brésil voire l'Afrique du Sud sauf, en fonction des circonstances et à l'" heure du thé ".

Un temps de meilleure compréhension
Dès lors, le bon sens n'imposerait-il pas un retour aux origines ? L'idée de Rambouillet était en soi pertinente. Elle prenait en compte le fait que la gestion et l'impulsion d'un État sont assurées, voire incarnées, par une personne humaine et qu'il est important de faire en sorte que ces hauts responsables puissent apprendre à échanger librement, à mieux se comprendre afin d'éviter le plus possible le jeu des incompréhensions stériles. L'importance des enjeux impose ce type d'espace, de surcroît dans un univers encore plus complexe et hypermédiatisé.

Nous militons donc pour la reconstitution d'un véritable séminaire formel/informel de chefs d'État assistés seulement d'un de leurs proches collaborateurs. Évitons de faire de ce " temps de meilleure compréhension " une réunion surmédiatisée de gouvernants riches et puissants. Faisons en sorte que ces réunions soient élargies à quelques autres dirigeants dont la taille et la culture puissent enrichir et compléter ces échanges de haut niveau. Cette démarche permettrait de mettre un terme aux réactions parfois immatures et aux propositions dans bien des cas peu constructives des mouvements altermondialistes. De surcroît, budgétairement parlant, ces réunions rentreraient dans une logique de coût " efficacité " plus acceptable.

Si des actions doivent être entreprises et des prises de position émises, des cadres institutionnels existent : tant au niveau mondial (Nations unies) qu'au niveau régional (Union européenne). Servons-nous de ces organismes dont la légitimité est reconnue et qui ne font l'objet d'aucune contestation. Une action dont le gouvernement français pourrait prendre l'initiative, dans sa logique déjà mise en oeuvre de modernisation des institutions et d'implication de la société civile dans le process gouvernemental, et de remise au goût du jour d'institutions dont le principe avait fait preuve d'efficacité, comme la création récente d'une structure comparable à la commission Armand Rueff et de diverses commissions spécialisées dont le fruit des travaux est attendu dans de très brefs délais.

Laure Saget-Hourtoulle
Loïc Tribot la Spière

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