De même que l'on s'habille et que l'on consomme de manière différente au fil du temps, de même on s'exprime et on communique autrement en fonction des époques.
La chanson française des années 30 sentimentale et réaliste d'Edith Piaf, de Damia ou de Fréel gouaillait la rime façon « Paris Canaille ». Celle du début des années 2000, rythmant espérance et mal être, hache le texte en le saccadant tel Mc Solaar.
Encore plus surprenant, le disque nous a permis de vérifier que l'on pouvait jouer différemment en fonction des époques Jean-Sébastien BACH. Quelle différence de sonorité, d'interprétation entre celle de Paul Kuentz et celle de Gustav Leonhardt ?
Fondamentalement, l'homme n'a pas changé mais ce sont ses modes d'expression, ses goûts qui se sont modifiés. La vertèbre du texte de nos medias écrits a, en ce sens, bien peu à voir avec ce qu'étaient les quotidiens d'il y a cinquante ans et que dire des médias audiovisuels ? Quelle différence dans le traitement tant du contenu que de la forme des émissions ? Les modes d'expression ont évolué au rythme des attentes, des souhaits du lecteur, du spectateur, de l'auditeur tout en reconnaissant cependant que jusqu'à une époque récente les initiatives venaient plus des créateurs, des fournisseurs de contenu que du consommateur lui-même.
L'explosion des offres de médias et la multiplicité des supports ont contribué à mettre le consommateur au centre de ce nouveau et complexe dispositif. Une nouvelle ère s'ouvre. L'auditeur, le spectateur n'a plus vocation à être un acteur passif. Les technologies lui permettent maintenant de pouvoir organiser, concevoir ses propres programmes, de s'associer, de s'inviter très naturellement à des émissions, des jeux et d'être un contributeur de contenus.
De nouveaux rapports sont en train de s'instaurer, quelle incidence auront-ils sur ce marché en voie de composition/recomposition. De quelle manière capter l'attention de ce nouveau consommateur au désir fugace dans un contexte où le facteur temps est devenu plus qu'hier une ressource rare ? Comment l'associer à l'offre sans courir le risque d'uniformiser, banaliser les contenus, tels sont quelques uns des grands enjeux auxquels nous aurions dû répondre hier. Le monde des médias nous réserve de réelles surprises. Il n'est pas sûr que les grands acteurs d'aujourd'hui soient les leaders de demain. Quant au nouveau modèle économique gagnant, il reste à élaborer.
Loïc Tribot la Spière

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